De la contention d’esprit du spectateur

Quant à la méthode de travail qui a présidé à l’élaboration de cette étude, je crois devoir en dire ici quelques mots. C’est une impression que, sans pouvoir l’expliquer, j’avais souvent éprouvée, quand de temps à autre on remontait sur une scène française un des drames de Shakspeare.

C’était toujours par rapport au drame une puissance objective. C’est sur ce plan que se trouveront les points d’intersection des regards des spectateurs de droite et de gauche, tandis que les regards des spectateurs faisant face à la scène lui seront parallèles. Puisque le décor ne doit avoir qu’une influence générale sur l’esprit du spectateur, il est nécessaire qu’il soit traité avec une grande modération de tons et une grande simplicité de détails; il ne doit pas trop attirer les yeux, et, si ceux-ci s’y reposent, il ne doit leur présenter aucun trait susceptible de produire sur l’esprit une excitation spéciale. Si donc, pour en revenir à l’objet de ce chapitre, il s’agit de représenter un milieu éloigné du nôtre par la distance ou le temps, il sera toujours sage de se renfermer dans une mise en scène sobre et très simple, de se contenter d’une couleur locale discrète et modérée, d’éviter la recherche des effets trop spéciaux au milieu représenté, enfin de ne marquer l’oeuvre que des traits particuliers nécessités formellement par le texte lui-même.

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