Ce que nous devons considérer, c’est la source d’où jaillit l’émotion, c’est-à-dire la cause d’où naît

Je prendrai cet exemple dans le second acte de _l’Ami Fritz_, et je rappellerai aux lecteurs, qui tous connaissent la pièce, la fontaine où Sûzel vient puiser de l’eau, eau véritable que le public voit couler. Corneille, Racine et Molière servent de conscience, soyons-en sûrs, à ceux-là mêmes qu’enivre la popularité, et que semble aveugler le contentement de soi-même. Est-ce vraiment dans cet accoutrement flottant, sans chapeau et sans armes, que Théramène accompagnait Hippolyte? Il semble qu’il vienne de faire une promenade idyllique autour du lac de Génésareth. C’est qu’en effet ce n’était qu’un joujou. C’est par conséquent, dans ce cas, la mise en scène qui est responsable de ce sentiment de lenteur qui nous fait juger sous un jour faux l’action ininterrompue tracée par le poète. Si ce sont les personnages qui disparaissent, il n’y a plus d’action dramatique; mais si ce sont les tableaux qu’on soustrait à la vue, on enlève au drame ce qui précisément lui donnait l’aspect saisissant de la vie. Un acte est une division dramatique qui doit avoir un commencement et une fin, dont toutes les parties sont indissolubles, et dont par conséquent la représentation ne doit pas offrir de solution de continuité pour les yeux, puisqu’elle n’en offre pas pour l’esprit. Au dernier acte d’_Oedipe roi_, le rôle du choeur est plus important encore. On voit donc combien l’effet général du décor répond mieux à l’idée poétique que les effets particuliers d’une mise en scène plus naturaliste. Voilà bien ce siège d’attente dont nous parlions; or, ici, il annonce une scène subséquente dont le public est ainsi averti, qu’il attend, et qui se produira en effet. Je ne puis, on le comprendra, qu’effleurer un sujet très complexe dans lequel chaque cas demanderait à être étudié en lui-même, ce qui serait d’un détail infini.

C’est ainsi que dernièrement, à l’Odéon, à une représentation d’_Andromaque_, j’ai vu supprimer la figuration dans la dernière scène du cinquième acte, ce qui est absolument contraire au texte de Racine, ce qui nuit à l’effet représentatif de cette suprême scène et ce qui en outre entraîne la suppression des quatre derniers vers de la tragédie.

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