Je ne puis cependant résister au désir de signaler, comme la conséquence, la plus grave peut-être,

Grâce à la continuité du spectacle, ces drames conserveraient leur physionomie propre, l’action son allure réelle et les différents moments de cette action leur marche ininterrompue. Il est clair ici que je ne m’en prends pas à l’auteur qui n’a fait en somme que se plier aux exigences théâtrales. Ainsi il arrive assez souvent que dans une pièce ayant une valeur intrinsèque incontestable, mais dont les différents actes ont une puissance dramatique inégale, on est obligé de masquer la langueur momentanée de l’action par un habile déploiement de mise en scène.

Ces deux représentations ne peuvent jamais être qu’idéales, c’est-à-dire conçues et rendues idéalement par la réduction forcée du temps nécessaire à la succession des phénomènes morbides, par la prédominance des effets généraux et par l’effacement des traits particuliers. Alors, pour peu que la décoration soit décente, que le jeu et la déclamation des acteurs s’accordent avec le texte poétique, il arrive un moment, une scène, une situation où l’art se manifeste sous sa plus parfaite expression, où tous les moyens si patiemment combinés, où tous les efforts si longuement accumulés aboutissent enfin, et où l’idée, arrachée de l’esprit, de l’âme et des entrailles du poète, se dégage de ses langes et se dresse à nos yeux, éclatante de vérité et toute palpitante de vie, belle dans sa nudité sans défauts comme l’Anadyomène antique.

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