Y consentez-vous, mon cousin? –avec bonheur, ma cousine; je dois seulement vous faire observer que je

–Ne vous inquietez pas de cela, mon cousin, je suis _hija del pais_, moi, et a cinquante lieues a la ronde, je suis certaine d’aller sans courir le risque, non pas de me perdre mais seulement de m’egarer.

–S’il en est ainsi, ma cousine, tout est pour le mieux; je vous remercie de l’honneur que vous daignez me faire et je me mets completement a votre disposition. –C’est a moi de vous remercier, mon cousin, pour votre extreme obligeance; les chevaux sont selles, vous portez a ravir le costume mexicain, allez chausser vos eperons, prevenez votre valet de chambre qu’il doit vous accompagner, armez-vous surtout, cela est important, car on ne sait jamais ce qui peut arriver, et revenez dans dix minutes, je serai prete a partir. Le comte se leva, salua la jeune fille, qui lui repondit par un gracieux sourire et sortit. –Pardieu, murmura-t-il des qu’il se trouva seul, voila qui est charmant, et la mission qu’elle me destine est rejouissante; je me fais l’effet d’accompagner tout simplement ma delicieuse cousine a quelque rendez-vous d’amour! Mais le moyen de lui rien refuser, je ne l’avais pas encore aussi bien vue qu’aujourd’hui.

Sur mon ame, c’est un ravissant lutin, et si je n’y prends garde, je pourrais bien finir par en devenir amoureux, si ce n’est fait deja, ajouta-t-il avec un soupir etouffe! Il rentra chez lui, ordonna a Raimbaut de se preparer a le suivre, ce que le digne serviteur fit avec cette ponctualite et ce mutisme qui le distinguaient, et apres avoir boucle a ses talons de lourds eperons en argent, jete un zarape sur ses epaules, il choisit un double fusil, un sabre droit, une paire de revolvers a six coups et, ainsi arme, il se rendit dans le patio. Raimbaut, a son exemple, s’etait muni d’un arsenal complet. Les deux hommes etaient ainsi sans exageration en mesure de faire face, le cas echeant, a une quinzaine de bandits.

Dona Dolores attendait, deja en selle, l’arrivee du comte; elle causait avec son pere. Don Andres de la Cruz se frottait joyeusement les mains; la bonne entente des jeunes gens le ravissait. –Ainsi vous allez faire une promenade? dit-il au comte, je vous souhaite beaucoup de plaisir. –La senorita a daigne m’offrir de l’accompagner, repondit Ludovic. –Elle a parfaitement fait, son choix ne pouvait etre meilleur. Tout en echangeant ces quelques paroles avec son futur beau-pere, le comte avait salue dona Dolores et etait monte a cheval. –Bon voyage! continua don Andres, et surtout prenez garde aux mauvaises rencontres; les cuadrillas de JuArez commencent a roder aux environs, d’apres ce que j’ai entendu dire.

–Soyez sans inquietude, mon pere, repondit dona Dolores; d’ailleurs, ajouta-t-elle avec un charmant sourire a l’adresse du comte, avec l’escorte de mon cousin, je ne crains rien. –Partez donc alors, et revenez de bonne heure. –Nous serons de retour avant l’oracion, mon pere.

Don Andres leur fit un dernier signe d’adieu ici et ils quitterent l’hacienda.

Le comte et la jeune fille galopaient cote a cote; Raimbaut, en serviteur bien style, suivait a quelques pas en arriere.

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