–vous vous obstinez a tout voir en noir; je vous le repete encore: deux batailles comme

–Ces batailles, je les livrerai, mon ami, si on m’en laisse le temps, croyez-le bien. Ah! Si au lieu d’etre seul, cerne dans Mexico, j’avais encore des lieutenants devoues, tenant la campagne, apres la victoire d’aujourd’hui, tout aurait pu se reparer. En ce moment, la porte du cabinet s’ouvrit et le general Cobos parut. –Ah! C’est vous, mon cher general, lui dit le president, en lui tendant la main, et reprenant subitement un air riant, soyez le bienvenu.

Quel motif me procure le plaisir de vous voir? –Je supplie votre seigneurie de m’excuser si j’ose me presenter ainsi, sans etre annonce, mais j’ai a l’entretenir de choses graves, qui n’admettent pas de retard. L’aventurier fit un mouvement pour se retirer. –Restez, je vous en prie, dit le president en l’arretant du geste; parlez, mon cher general. –Monsieur le president, le desordre le plus grand regne sur la place parmi le peuple et les soldats: la plupart demandent a grands cris, que les officiers, faits prisonniers aujourd’hui, soient immediatement fusilles comme traitres a la patrie. –Hein? fit le president, en se redressant subitement, et en devenant legerement pale, que me dites-vous donc la, mon cher general? –Si votre seigneurie consent a ouvrir les fenetres de ce cabinet, elle entendra les cris de mort, que l’armee et le peuple poussent de concert. –Ah! murmura Miramon, des assassinats politiques, commis de sang-froid apres la victoire; jamais je ne consentirai a autoriser des crimes aussi odieux! Non, mille fois non; pour moi, du moins, il n’en sera pas ainsi. Ou se trouvent les officiers prisonniers? –Dans l’interieur du palais, gardes a vue dans la cour. –Donnez l’ordre qu’ils soient immediatement conduits en ma presence; allez, general.

–Ah! Mon ami, s’ecria le president avec decouragement, des qu’il se trouva seul avec l’aventurier, que peut-on esperer d’un peuple aussi denue du sens moral que le notre? Helas! Que doivent penser les gouvernements europeens de cette apparente barbarie! Quel mepris ne doivent-ils pas avoir pour notre malheureuse nation! Et pourtant, ajouta-t-il, ce peuple n’est pas mechant, c’est son long esclavage qui l’a ainsi rendu cruel et les interminables revolutions dont depuis quarante ans, il est constamment victime; venez, suivez-moi, il faut en finir. Il sortit alors du cabinet, accompagne par l’aventurier, et entra dans un immense salon, ou ses partisans les le site plus devoues se trouvaient reunis. Le president alla s’asseoir sur un siege eleve de deux marches, prepare pour lui au haut-bout du salon et les officiers demeures fideles a sa cause se grouperent aussitot a sa droite et a sa gauche. Sur un signe affectueux de Miramon, l’aventurier etait reste a son cote, indifferent en apparence. Un bruit de pas et un froissement d’armes se firent entendre au dehors, et les officiers prisonniers, precedes par le general Cobos entrerent dans la salle. Bien qu’ils affectassent d’etre calmes, ces prisonniers ne laissaient pas que d’etre assez inquiets sur le sort qui leur etait reserve; ils avaient entendu les cris de mort pousses contre eux, et connaissaient les mauvaises dispositions des partisans de Miramon a leur egard.

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