–vous venez avec une grande suite, reprit don antonio

–!Caray! Croyez-vous, cher seigneur, que je me soucie de tomber aux mains des batteurs d’estrade de Miramon? Diable! Mon compte serait bientot regle s’ils s’emparaient de moi; mais je crois que, malgre tout le plaisir que nous eprouvons a nous trouver ensemble, nous ne ferons pas mal de nous occuper sans delai de nos affaires, hein? Qu’en pensez-vous? –Je ne demande pas mieux. –Le general vous remercie des derniers renseignements que vous lui avez fait parvenir, ils etaient d’une exactitude scrupuleuse; aussi a-t-il jure de vous recompenser comme vous le meritez, des que l’occasion s’en presentera. Don Antonio fit un geste de degout. –Avez-vous le papier? lui demanda-t-il avec une certaine vivacite. –Certes, repondit le colonel. –Redige ainsi que je l’ai demande. –Tout y est senor, soyez tranquille, reprit le colonel avec un gros rire, ou trouverait-on aujourd’hui l’honnetete si elle ne se rencontrait pas entre gens de notre sorte, ce que vous avez stipule est accepte, le tout est signe Ortega, general en chef de l’armee federale et contresigne JuArez, president de la republique; etes-vous content? –Je vous repondrai, senor, lorsque j’aurai vu ce papier. –Rien de plus facile, le voila, fit le guerillero en retirant un large pli de son dolman et le presentant a don Antonio. Celui-ci s’en saisit avec un mouvement de joie et le decacheta d’une main febrile. –Vous aurez de la peine a lire en ce moment, dit le colonel d’un air narquois.

–Vous croyez? fit don Antonio avec ironie. –Dam! Il fait assez sombre, il me semble.

–Qu’a cela ne tienne, j’aurai bientot de la lumiere, et frottant une allumette chimique contre une pierre, il alluma une de ces petites bougies roulees, vulgairement nommees rats-de-caves, qu’il sortit de sa poche. Au fur et a mesure qu’il lisait, une vive satisfaction eclatait sur son visage, enfin il eteignit sa bougie, plia le papier, le serra avec soin dans son portefeuille et s’adressant au colonel. –Senor, vous remercierez le general Ortega de ma part, dit-il, il s’est conduit envers moi en veritable caballero. Le guerillero salua. –Je n’y manquerai pas, senor, repondit-il, surtout si vous avez quelques renseignements a ajouter a ceux que deja vous nous avez donnes. –J’en ai certes, et de fort importants. –Ah! Ah! fit l’autre en se frottant joyeusement les mains, voyons un peu cela, cher senor. –ecoutez-donc; Miramon est aux abois, l’argent lui manque sans qu’il lui soit possible d’en trouver desormais; les troupes, presque toutes recrues, mal armees et plus mal habillees, ne sont pas payees depuis deux mois, elles murmurent. –Fort bien, pauvre cher Miramon, il est bien bas alors. –D’autant plus bas, que le clerge qui avait promis dans le principe de venir a son aide, lui a definitivement refuse son concours. –Mais, ici observa ironiquement le guerillero, comment etes-vous si bien informe, cher seigneur? –Ne savez-vous pas que je suis attache a l’ambassade espagnole? –C’est juste, au fait; je l’avais oublie, excusez-moi.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *