Vous ne vous etes pas trompe, maitre guillaume, je suis

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–Plus peut-etre que je ne suppose, se hata d’ajouter le fauconnier, et c’est pourquoi je prends la liberte de vous interrompre, afin de n’en pas savoir davantage. Que vous soyez Espagnol ou Francais, vous n’en etes pas moins un voyageur remis a ma garde. Ce toit vous protege.

Si vous etes de ceux qui ont tire l’epee contre leur roi et leur pays, c’est a Dieu de vous juger.

Je fais mon devoir; puissiez-vous dire: Je fais le mien.

Le faux marchand baissa les yeux sous le regard serein de l’artisan, et la rougeur passa sur son front comme un eclair. Mais reprenant aussitot sa serenite, il salua de la main le vieux fauconnier. –Soit, mon brave, je ne chargerai pas votre memoire d’un souvenir; mais, par le nom de mon pere, je n’oublierai ni le votre, ni ce que vous faites. Deux heures se passerent, et l’etranger partagea le diner du fauconnier, a l’aise, comme sous la tente d’un soldat, ou dans l’hotel d’un grand seigneur. Puis, deux autres se passerent encore; a la fin de la quatrieme, l’inquietude rapprocha la pointe de ses sourcils. Il ici marcha vers la fenetre et l’ouvrit, pretant l’oreille; la nuit etait venue, et la route etait sans bruit.

Bientot il sortit de la maisonnette et s’avanca vers la porte du jardin. Le pere Guillaume le suivit. Ainsi que l’obscurite, le silence etait profond. –Votre fils est brave? dit l’etranger brusquement au fauconnier. –Honnete et brave comme l’acier. –Il defendrait donc un depot confie a sa fidelite? –Ce n’est qu’un enfant, mais il se ferait tuer comme un homme. –Alors j’ai peur pour votre fils, maitre Guillaume. Le pere ne repondit pas, mais, aux rayons de la lune, l’etranger vit s’etendre la paleur sur son front.

Tous deux garderent le silence, les yeux attaches sur la ligne blanche du chemin qui se noyait dans un horizon vague et sans bornes.

Les mysteres de la nuit emplissaient l’espace de bruits confus, rapides, incertains. Guillaume Grinedal s’appuyait sur les batons d’une haie a claire-voie; on entendait craquer le bois sous l’effort de ses mains. Le gentilhomme froissait les revers de son habit. –Rien, rien encore! murmurait-il. Oh! je donnerais mille louis pour entendre le galop d’un cheval! Comme il parlait, une detonation retentit dans l’eloignement, plus loin que le bois dont les ombres epaisses coupaient l’horizon.

La haie se brisa sous la main du fauconnier, qui sauta sur la route. –Un coup de fusil! L’avez-vous entendu? s’ecria le gentilhomme. –Je l’ai entendu, repondit Guillaume Grinedal, qui se jeta a plat ventre sur le chemin.

Deux autres detonations retentirent encore, mais le son venait de si loin, qu’il fallait l’oreille d’un pere ou d’un proscrit pour les distinguer des mille bruits qui flottaient sous le ciel profond.

Guillaume Grinedal ecoutait l’oreille collee a la terre. –Eh bien? dit le gentilhomme. –Rien.

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. rien encore! Le coeur me bat et les oreilles me tintent, dit le pauvre pere. Ah! oui, maintenant, un bruit sourd, saccade, continu! Il approche.

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