–vous lui avez enleve des papiers qui m’etaient destines? –j’ai paye des papiers qui etaient a

–Mais ces papiers, je les avais achetes. –En pareille affaire, la chose appartient a celui qui se presente le premier. –Eh! monsieur, vous avez de l’audace, dit le ministre avec ironie; mais je saurai bien tirer de vous ce que je veux.

–C’est selon ce que vous voudrez. Il y eut un instant de silence durant lequel les deux interlocuteurs s’examinerent. M. de Louvois le rompit le premier. –Vous avez brule ces papiers, monsieur? –Oui, monseigneur. –Tous? –Tous. –Avez-vous pris connaissance de leur contenu? –Non, monseigneur. –Mais vous vous doutiez donc de ce qu’ils pouvaient contenir, puisque vous vous etes si fort empresse de les faire disparaitre? –Je pouvais supposer du moins qu’ils avaient quelque importance, a voir la hate qu’on mettait a me poursuivre. –Et vous ne vous trompiez pas. Vous ne seriez point ici sans cela.

–Je m’en doute bien un peu. –Un mot peut vous en tirer, monsieur. –Un seul, monseigneur? –Un seul. Vous voyez que je mets a votre liberte une bien legere condition.

–Eh! monseigneur, il y a des mots qui valent paris click des tetes.

–Prenez garde aussi que le silence n’engage la votre! La colere gagnait M. de Louvois; a tout instant la fougue irascible de son caractere se faisait jour; quant a Belle-Rose, il ne perdait rien de sa tranquillite calme et fiere. –Brisons la! reprit le ministre; il s’agit de savoir si vous voulez sauver votre tete, oui ou non. –Serait-elle menacee, monseigneur? –Plus peut-etre que vous ne pensez. –Et tout cela parce que j’ai paye cent mille livres ces papiers que je n’ai pas lus.

Du sang pour de l’encre, vous etes prodigue, monseigneur! –Un mot peut vous sauver, un mot, je vous l’ai dit, reprit M. de Louvois, qui contenait mal sa colere. –Et lequel? –Le nom de la personne pour qui vous avez enleve ces papiers. Belle-Rose ne repondit pas. –M’avez-vous entendu, monsieur? s’ecria le ministre. –Parfaitement. –Que ne parlez-vous donc? –C’est qu’en verite il m’est impossible de le faire. –Et pourquoi? –Si je vous disais que je les ai pris pour moi et par l’effet seul de ma propre volonte, me croiriez-vous? –Non, certes.

–C’est apparemment alors que je suis, dans votre pensee, le mandataire d’une personne qui a mis en moi sa confiance. Parler serait une lachete que vous ne sauriez me proposer serieusement; vous voyez donc bien, monseigneur, que je dois me taire. –C’est votre dernier mot? –Vous en etes tout autant convaincu que moi, monseigneur.

–Je pourrais le croire, monsieur, si nous n’avions ici des instruments merveilleux pour arracher des paroles aux plus muets. –Essayez, dit Belle-Rose, et il se croisa les bras sur la poitrine. M. de Louvois le regarda un instant sans parler, puis se leva. Sur un signe de sa main, l’officier qui avait amene Belle-Rose le reconduisit dans sa prison. Quand ils furent seuls, le gouverneur de la Bastille s’approcha de M. de Louvois.

–Tenez, monseigneur, lui dit-il, je me connais en physionomie.

Voila un jeune homme que nous ne reussirons pas a faire parler.

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