Vous cherchez des soldats, vous trouverez des bandits

–Voudriez-vous, monsieur, me conduire au quartier de ces gens-la? –C’est ici, derriere ce bouquet de frenes. Ils servent dans le corps de M. le duc d’Ascot. L’officier pressa le pas. –Voila, monsieur, dit-il en s’arretant derriere les frenes, et du doigt il lui montra une ligne de tentes ou, malgre l’heure avancee de la nuit, retentissait un bruit confus de chants et de cris.

Autour des tentes, eclairees par des chandelles fichees au bout des fusils, on voyait un grand nombre de soldats qui jouaient aux des sur la peau des tambours; d’autres dormaient ca et la, d’autres buvaient, d’autres encore se querellaient. Les bouteilles vides volaient en pieces, les joueurs paris juraient; les plus irascibles soutenaient leur opinion le pistolet au poing; les femmes allaient et venaient, s’arretant aux endroits ou l’argent sonnait; il y avait dans un coin un soldat qui ralait, la gorge ouverte, et pres de lui deux cuirassiers qui vidaient sa bourse. –Il y a la des hommes de tous les pays, dit l’officier a M. de Villebrais; le moindre d’entre eux a deserte cinq fois: j’imagine qu’ils s’entendront avec vous. M. de Villebrais jeta un regard froid sur l’Espagnol. –C’est ce dont je vais m’assurer, dit-il, et il s’avanca vers le premier groupe.

Cinq ou six soldats accroupis par terre agitaient un vieux cornet noirci par l’usage: les des sonnaient en roulant sur les tambours. L’un d’eux, qui avait perdu, chiffonnait sa moustache d’une main et fouillait de l’autre dans sa poche. –Voila cinq ducats! dit celui qui avait gagne, qui les veut? –Voila mon sabre pour cinq ducats, dit celui qui avait perdu, et, degrafant le ceinturon, il le jeta sur le tambour. –Ton sabre! il en vaut deux a peine; la lame est de fer et la poignee de cuivre. –Eh bien! voila mes pistolets! dit le soldat; des pistolets qui ont tue dix catholiques et dix huguenots. La main de M. de Villebrais se posa sur le bras du parieur. –Je prends le sabre pour dix ducats, et j’en donne dix encore pour le bras qui le tient, dit-il. –C’est dit! s’ecria le soldat en voyant briller l’argent sur le tambour. Eh! Conrad! joue donc! Conrad jeta les des et perdit; au troisieme coup il n’avait plus rien. –Mon officier, dit-il a M. de Villebrais, qui les regardait faire les bras croises sur la poitrine, j’ai, moi aussi, un sabre et une main, en voulez-vous? –Voila vingt ducats. –Marche conclu, dit Conrad en serrant l’argent dans ses poches. –Conrad, s’ecria brusquement un nouveau venu qui portait l’uniforme des hussards, Jeanne la blonde a fantaisie d’un collier avec sa croix d’or; je n’ai plus que mon cheval, le veux-tu? –Je prends le cheval et te le donne, fit M. de Villebrais. –A moi l’argent et le cheval? reprit le hussard en comptant ses pieces d’or.

–A toi, mais a une condition. –Rien qu’une? c’est trop peu pour n’etre pas beaucoup. –C’est tout: le cheval et l’homme me suivront partout ou j’irai. –Ils sont prets.

Au bout d’un quart d’heure M. de Villebrais avait recrute sa bande. Comme elle se disposait a partir, un brigadier intervint.

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