Voila ce qui, a mon avis, a du etre convenu entre l’empereur et le comte dans

–Les choses se passerent ainsi, en effet, monsieur le comte; seulement, l’empereur exigea que les hostilites ne commenceraient entre le comte et le prince que lorsque celui-ci serait hors des frontieres de l’empire, et le comte demanda a l’empereur de mettre a sa disposition tous les moyens d’action dont il disposait, afin d’essayer de retrouver son neveu, si par hasard il existait encore, ce a quoi l’empereur avait consenti. Le comte retournait donc a son chateau muni d’un blanc-seing de Sa Majeste, lequel blanc-seing lui donnait les pouvoirs les plus etendus pour poursuivre sa vengeance, et, en outre, d’un ordre ecrit tout entier de la main de Sa Majeste, pour se faire preter a volonte le concours de tous les agents imperiaux, en Autriche comme a l’etranger, et cela a sa premiere requisition. Le comte, ainsi que vous le comprenez sans doute, n’etait que mediocrement satisfait des conditions que lui avait imposees l’empereur; mais reconnaissant l’impossibilite d’obtenir davantage, force lui fut de se resigner. Pour lui, il eut certes prefere, quelles qu’en dussent etre les consequences, un proces au grand jour a la vengeance honteuse et mesquine qu’on lui permettait; mais mieux valait encore, dans l’interet de sa soeur et de son neveu, avoir obtenu ces demi concessions que de s’etre inutilement brise contre un parti pris et un refus formel. Il se mit donc immediatement en mesure de chercher son neveu; pour cette recherche, les papiers que lui avait remis Bras-Rouge contenaient des renseignements precieux; sans rien dire a sa soeur, de crainte de lui donner de fausses esperances, il se mit immediatement en campagne. Que ce site vous dirai-je de plus, mes amis? Ses recherches furent longues, elles durent encore; cependant la situation commence a s’eclaircir, le comte a ete assez heureux pour retrouver son neveu; depuis cette decouverte, il n’a jamais perdu ce jeune homme de vue, bien que celui-ci ignore encore aujourd’hui les liens sacres qui l’attachent a l’homme qui l’a eleve et qu’il aime comme un pere; le comte a garde ce secret meme vis-a-vis de sa soeur, ne voulant le lui reveler qu’en lui annoncant en meme temps que justice est faite enfin et que le mari qu’elle pleure depuis tant d’annees est venge. Bien souvent, depuis cette epoque, les deux ennemis se sont trouves en presence; bien des occasions se sont offertes au comte de tuer son ennemi, jamais il ne s’est laisse emporter par sa haine, ou, pour etre plus vrai, sa haine lui a donne la force d’attendre; le comte veut tuer son ennemi, mais il veut auparavant que celui-ci se soit deshonore et qu’il tombe, non pas vaincu dans une lutte honorable, mais frappe justement, comme un criminel qui recoit enfin le chatiment de ses forfaits. Apres avoir prononce ces dernieres paroles, l’aventurier se tut. Il y eut un long silence entre les trois interlocuteurs. La nuit finissait; des lueurs blanchatres commencaient a filtrer a travers les fenetres entr’ouvertes; la lueur des bougies palissait; de sourdes rumeurs annoncaient que la ville s’eveillait et les cloches eloignees des couvents et des eglises appelaient les fideles a la premiere messe.

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