Voici trois fois que je vous dois la vie! genevieve, brisee par tant de terribles emotions,

–Oh! mon Dieu! dit-elle, je voudrais mourir ainsi. En ce moment, le duc de Castel-Rodrigo,–car c’etait lui que Genevieve avait rencontre,–arriva sur le lieu du combat. –Ah! c’est vous, monsieur? dit-il en s’adressant a M. de Villebrais, qu’il reconnut malgre le desordre de ses habits et le sang dont il etait couvert. –Moi-meme, fit M. de Villebrais, qui mordait ses levres de colere. –Diable! monsieur, vous n’avez point tarde d’entrer en campagne, a ce qu’on peut voir, reprit le duc d’un ton de mepris. –J’imagine, monsieur le duc, reprit le traitre hardiment, que vous ne m’avez pas confie ces braves gens pour les conduire a la messe? Le duc de Castel-Rodrigo fronca le sourcil. –Au surplus, ajouta M. de Villebrais, que la fureur tourmentait, il m’est doux de savoir que nous vivons au temps de la chevalerie.

A l’avenir, quand j’aurai un ennemi a combattre, j’aurai grand soin de le prevenir de l’heure et du lieu, comme faisaient les preux de la Table ronde. –Monsieur sait bien qu’il ment, dit froidement un officier de la suite du duc de Castel-Rodrigo: il n’ignore pas sans doute qu’au temps dont il parle on batonnait les deserteurs et qu’on pendait les traitres.

Cet officier, d’une figure austere et pensive, etait le jeune prince d’Orange, qui faisait son apprentissage de la guerre, celui-la meme qui devait etre un jour Guillaume Ier, roi d’Angleterre. –Assez, messieurs, s’ecria le duc; j’ai donne permission a M. de Villebrais de se faire accompagner de dix ou douze soldats partout ou bon lui semblerait; mais je n’ai pas, que je sache, abdique mes droits de gouverneur de la province. Votre role est fini, monsieur, le mien commence.

Allez. M. de Villebrais se retira lentement.

En passant devant Mme de Chateaufort et Belle-Rose, il leur jeta un regard empreint d’une haine implacable, rallia ceux de ses ici gens qui etaient encore debout et s’eloigna. –Monsieur, dit le duc a Belle-Rose, vous etes libre; voici des chevaux pour vous et les votres; voila une escorte pour vous proteger. Il n’y a plus ici ni Francais ni Espagnols: il n’y a que des gentilshommes.

Belle-Rose venait a peine de remercier le duc, qu’un faible soupir lui fit tourner la tete.

Son sang s’etait fige dans ses veines; il regardait partout craignant de voir.

Un moribond a demi couche sur un cadavre etendait vers lui ses bras suppliants.

–Mon pere! s’ecria Belle-Rose, et il s’elanca vers le vieux Guillaume. Cornelius et Pierre s’agenouillerent autour du fauconnier. Une paleur mortelle, la paleur du desespoir, avait efface sur leur visage l’animation du combat. –J’ai vecu plus de soixante et dix annees, leur dit Guillaume, Dieu me fait la grace de mourir en soldat: ne pleurez pas. Belle-Rose ne pleurait pas, mais son visage etait effrayant a voir; il soutenait la tete de son pere de ses deux mains et baisait ses cheveux blancs. –C’est pour moi, mon Dieu! c’est pour moi que vous mourez! disait-il. Et Claudine, et Pierre. . . mais il fallait me laisser tuer! Ses doigts tremblants ecarterent l’habit troue qui cachait la blessure; le fer etait entre dans la poitrine, d’ou sortait encore un filet de sang: la plaie etait horrible et profonde.

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