Vers trois heures de l’apres-diner, dona dolores fit demander aux jeunes gens s’ils voulaient lui faire

Ils croiserent don Melchior dans la cour; le jeune homme ne leur parla pas, mais il les suivit du regard jusqu’a ce qu’ils fussent entres dans l’appartement de sa soeur. Un mois s’ecoula, sans que rien ne vint troubler la monotone existence des habitants de l’hacienda. Le comte et son ami sortaient souvent en compagnie du mayordomo, soit pour aller a la chasse, soit simplement pour se promener; quelquefois, mais rarement, dona Dolores les accompagnait. Maintenant que le comte n’etait plus seul avec elle, elle paraissait moins redouter de se trouver avec lui, parfois meme elle semblait y prendre un certain plaisir; elle accueillait favorablement ses galanteries, souriait des saillies qui lui echappaient, et, en toutes circonstances, lui temoignait une entiere confiance. Mais c’etait surtout au soi-disant baron qu’elle montrait une preference marquee, soit que, le connaissant pour ce qu’il etait reellement, elle le jugeat sans importance, soit que, par pur caprice de coquetterie feminine, elle se plut a jouer avec cette nature dont elle ne soupconnait pas l’indomptable energie, et voulut essayer sur le naif jeune homme la puissance de ses charmes. Dominique ne s’apercevait pas, ou feignait de ne pas s’apercevoir de ce manege de la jeune fille; d’une politesse exquise avec elle, d’une prevenance sans bornes, il demeurait cependant dans les strictes limites qu’il s’etait posees a lui-meme, ne se souciant pas de donner de la jalousie a un homme pour lequel il professait une sincere amitie et qu’il savait etre sur le point d’epouser dona Dolores. Quant a don Melchior, son caractere s’etait de plus en plus assombri, ses absences etaient devenues plus longues et plus frequentes, et, dans les rares occasions ou le hasard le mettait en presence des deux jeunes gens, il repondait silencieusement a leur salut, sans daigner leur adresser la parole; definitivement, la repugnance qu’il avait tout d’abord eprouvee pour eux s’etait, avec le temps, changee en une bonne et forte haine mexicaine. Cependant les evenements politiques marchaient avec une rapidite toujours croissante; les troupes de JuArez occupaient serieusement la campagne; deja des eclaireurs de son parti avaient paru aux environs de l’hacienda; on parlait vaguement de proprietes espagnoles prises d’assaut, pillees, livrees aux flammes, et dont les maitres avaient ete lachement assassines apres avoir ete mis a rancon par les guerilleros. L’inquietude etait grande a l’Arenal: don Andres de la Cruz, que sa qualite d’Espagnol ne rassurait que mediocrement sur l’avenir, prenait les precautions les plus exagerees pour ne pas etre surpris par l’ennemi; la question de l’abandon de l’hacienda pour se retirer a Puebla avait drive master meme ete plusieurs fois agitee, mais toujours elle avait ete repoussee par don Melchior avec obstination. Cependant, la conduite etrange que, depuis que le comte se trouvait dans l’hacienda, menait le jeune homme, son affectation a se tenir a l’ecart, ses absences frequentes et prolongees, et, plus que tout, les recommandations de don Olivier, dont la mefiance eveillee depuis longtemps sans doute, et reposant sur des faits connus de lui seul, avaient amene a l’hacienda la presence de Dominique sous le nom de baron de Meriadec, eveillaient les soupcons du comte, soupcons auxquels l’antipathie secrete qu’il eprouvait depuis le premier jour pour Melchior, donnaient presque la force d’une certitude.

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