Vaines diatribes, cela, bonnes au plus a gueuler devant les zincs pour se montrer crane

Arrive a la consigne, Gustave s’explore les poches: un decime est exigible pour solder le depot de sa valise qu’ils firent Leon et lui, avant les ripailles, se trouvant deja souls. Meme il ne se rappelle plus ce qui se passa; mais il n’a point du omettre son habitude de confier la son bagage, chaque fois qu’il vient flaner quelques heures a Paris.

Cette conviction le rassure, bien qu’il ne reussisse pas a decouvrir dans sa veste neuve de civil le recu de la consigne.

La percale des poches encore empesee et glissante aux doigts recele sans doute, en quelques plis inaccessibles, le bulletin. Et, malgre tout, ce costume accapare son admiration. Une fameuse emplette. Le pantalon bleuatre, tres large du bas, moule gracieusement ses cuisses solides et rondes, et la veste commence par un grand collet rabattu qui degage le cou.

Cependant, il ne retrouve rien; et il commence a s’enerver, a craindre. La valise renferme son uniforme. Rentrer a la caserne en civil, c’est encourir une punition severe.

eperdu, agitant dans les goussets ses pouces et ses index, il ne ramene que des enchevetrements d’inutiles objets. Sa feuille de permission lui rememore les peines disciplinaires dont il deviendra passible.

Il retourne ses poches: des sous roulent jusqu’au milieu du hall pres les guichets, sous les falbalas d’une dame. A leur poursuite il court; et, comme il se baisse pour les ramasser, la dame a peur, sursaute, l’appelle imbecile.

Cette insulte le peine.

Enfin, apres beaucoup d’hesitations, il se determine a interroger le garde des depots, et il lui conte sa mesaventure. Le garde, un gros dont le ventre se bombe sous un gilet a boutons d’etain, se montre tres obligeant. Gustave, invite a franchir l’etabli pour rechercher lui-meme son bagage, s’elance avec la certitude de recouvrer son uniforme. Rapidement d’abord, minutieusement ensuite, il furete dans les casiers.

D’envieuses venerations le palissent devant les coffres luxueux decores de metal poli. Apres, il s’egare dans un dedale de caisses, d’enormes cadres en bois brut. Il se faufile, s’amincit, oublieux des precautions a prendre pour son costume dont le drap s’erafle aux coins saillants et aux tetes de clous. L’image de sa valise, reconstruite tres exacte dans son esprit, ne l’aide pas a l’apercevoir reelle, et cependant il remue de lourds fardeaux et il se congestionne le visage pour inspecter a terre les colis quelque peu analogues au sien. Peines perdues. Il faut sortir moulu, tout en sueur et inaugurer un autre genre de recherches. Dans les estaminets, il passe et se renseigne, dans tous ceux ou il a sejourne la nuit. Par dela les armures brillantes des zincs; par dela les carafons fixes dans les sextuples casiers de maillechort, les limonadiers l’accueillent affablement, lui tendent pour une amicale poignee de main leurs gros bras velus qui ce site saillissent des chemises blanches. A ses questions, tous s’interessent; quelques-uns se temoignent si aimables que Gustave juge obligatoire de consommer.

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