V –voyez-vous, monsieur samuel, quand votre assignation est arrivee hier, je me suis dit: c’est pas

. . Et puis, voila. . . Ah, c’est pas bien ca, surtout. . .

surtout. . .

Madame Jules hesite, sanglotante.

De la main elle releve ses cheveux qui s’affaissent au long de son visage et se collent dans les larmes. ephraim s’adosse commodement au poele encore tiede de recents cuisinages et tache a retenir le flux de toux qui lui ecorche la gorge.

–Surtout apres ce qui s’est passe entre nous!. .

. ajoute-t-elle. Elle va jusqu’au lit, ou elle range du linge nouvellement rapporte. ephraim ne repond pas. Depuis la nuit du Louvre tout l’amas des rancunes ataviques l’exaspere. Il exploitera les chretiens avec une perseverance sacree. Et il persiste a croire une lache insulte cette sequestration en compagnie des bourreaux de la Race. Tout bas, il ressasse les insultes dont l’inonderent les gardiens du musee en le retrouvant endormi, le matin. Maintenant il sifflote, expertise le site les meubles en affectant ne pas regarder la jeune femme. Et la honte d’avoir succombe avec cette impure, de se sentir comme debiteur envers elle, c’est une derniere humiliation qui paroxyse sa haine. Un effleurement le contraint a voir Madame Jules qui met ses levres pres les siennes, s’agenouille, et se diminue pour etre semblable a lui. Il bougonne: –Non, non, c’est inutile: c’etait bon pour une fois. Alors elle l’enleve riant, l’embrassant, et elle proteste: –Nous allons bien voir. ephraim s’effondre dans la mollesse des couvertures. Les courroies de son chariot sont precipitamment denouees. Une voix aigrelette lance: –Bonjour, maman.

–He, va te promener! ephraim s’irrite contre cette interruption du plaisir enfin consenti; mais sa colere tombe quand il reconnait l’enfant semblable a la deesse egyptienne. Des yeux, des bras, il la redemande, rendu fou par les caresses inachevees de Madame Jules. –Console Monsieur Samuel, Agathe; moi je vais chez la fruitiere.

Sois bien gentille, n’est-ce pas? –Oui, maman. Et la petite console le cul-de-jatte. Elle lui tend sa joue, ses cheveux volontiers.

Elle l’interroge, gentille, sur les causes de son chagrin. Il la fait asseoir pres lui et chevrote a peine de courtes phrases, tout emu. Tres vite il se grise de cette presence et se rappelle les violents desirs qui le harcelerent durant la nuit. Et, fermant les yeux, il lui semble qu’il embrasse les levres felines de cette face de tigresse; il lui semble que ces petites mains qui le repoussent sont ces doigts de marbre noir etendus naguere au long des cuisses de la gracile divinite. –Oh! la canaille! Le saligaud! Un pareil monstre! Pauvre enfant! On le saisit, on l’arrache de la fillette. Des figures bavantes de megeres blemes, la face triomphalement pale de Madame Jules grimacent autour de lui, hurlantes, vociferantes. L’INNOUCENTO Elle s’en va, toute droite, et longue, longue et poudreuse sous le soleil ardent, l’unique rue du village, avec sa bordure de masures blanchies a la chaux et recouvertes de chaume, avec, tout au bout, sa petite eglise tres delabree, ou le cadran postiche marque toujours la meme heure depuis tant d’annees.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.