Une comedie qu’elle joue la; une comedie qui, lui, l’absorbe et l’agace

Voici qu’il n’entend meme plus Max Bruch. Elle finira, cette femme, par lui tuer le sens artistique. Derriere leurs pupitres, les musiciens s’etagent en face, adosses au decor: figures communes, epanouies dans l’evasement des faux-cols; corps tasses dans les fracs larges, dans les bosselures des plastrons blancs.

En bas, les choristes femelles avec les taches claires de leurs collerettes sur la terneur minable des ici corsages. Dans le haut, tout a fait, le timbalier s’amplifie en allures pontifiantes, tandis que le cymbalier ne cesse de faire reluire son binocle et le replacer sur sa face qui sue.

Et ce monde s’encastre entre les cuivres enormes, s’accoude a l’acajou de contrebasses, s’enrage sous les cordes des harpes monumentales. Des toiles peintes et defraichies, du plafond que traverse une ligne d’usure, les torcheres saillent, le lustre pend. Seules dorures. Vibre une note isolement, comme le pleur prolonge d’une vierge, et Doriaste conquis ne remarque plus rien. La mesure s’active, et s’alanguit tout a coup, rale. Comme un sanglot alors, et puis de cristallines notes ruissellent, et des notes, et encore. Il en sourd des soupirs, des etirances lamentantes, de spasmatiques arpeges.

Tantot l’harmonie se pame humide, s’expire. Puis elle s’elance avec de determines vouloirs, des violences de rut. Les cordes des violons craquent comme des soieries et hocquetent comme des gorges jouissantes. D’une accalmie douce, murmuree, surgit une sautillante phrase qui croit. Elle domine, triomphe en une impudique danse. De lentes ondulations l’enserrent par une spirale qui monte et s’evase. Les diezes reluisent comme des gemmes, des gemmes qui parent une chevelure longue, une chevelure qui se denoue et flotte dans un aboutement de gammes. Et s’evoque la toute-puissante femme. Il est une mugissante mesure pour le fauve des aisselles, une mesure plane pour le front pur, une note coulee pour la gouttelante amethyste qui pendeloque sur le front, deux mesures ronflantes pour les seins arrondis; ensuite une rapide infinite de sons qui disent tout, decrivent tout et le clament: ce sont les cassures de gaze d’or autour des hanches, et le galbe recourbe des bras sur la tete qui se renverse, et le poli du ventre avec les mystiques profondeurs du nombril, et les yeux, pastilles d’encens ou fulgure une minuscule etincelle.

Le rythme s’exaspere. La Salome bondit avec un eclat de trilles et un scintillement de pierreries. Les croches se dardent comme des diamants et se fluidifient en collier comme une riviere d’ambre sur la poitrine. Deux notes breves saillissent comme les escarboucles des seins. Et Paul Doriaste ne percoit plus que les multiples voluptes d’un corps feminin harmonique en danse harmonieuse. Il y voit la nudite de Marceline; il se retient pour ne pas l’etreindre. Et, par la salle, les bravos croulent, rebondissant sur les banquettes ecarlates. –C’est delicieux, emet-elle: toutes ces notes s’epanouissent comme les fleurs d’un jardin feerique. Elle a du composer cette sentence avec un extreme soin, pendant toute une moitie du morceau.

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