Un vol de ramiers traversa le bleu du ciel ou s’en allait son regard, et il

. . Ou allaient-ils, si vite? Cela donnait le vertige, de les voir si haut.

Elle ne savait plus ou elle etait. Tout a coup la broussaille mouvante craqua a grand bruit, comme si elle prenait feu partout a la fois! Tonia se sentit repoussee, remise toute droite par le bras qui la tenait. Le visage qui s’etait presse contre le sien s’eloigna. .

. Elle vit, devant elle, les bruyeres s’agiter. . .

C’etait eux, les sangliers, les betes libres! Elles bondissaient par-dessus la bruyere comme des marsouins hors de l’eau et s’en allaient ainsi, par bonds allonges, arrondis, a toute vitesse, en cassant a grand fracas, sous leurs masses, la bruyere et les genets.

. . Un coup de feu.

. .

deux coups de feu retentirent. Elle vit un sanglier tomber et rester la, mort; un autre, blesse, ralentir son allure et disparaitre. Un cri de Maurin retentit, repete par d’autres chasseurs, dans les gorges, sur les cimes: _A la barro!_ Ce cri voulait dire: « Coupez la barre pour y suspendre la bete: elle est morte.  » La chasse etait finie. On le croyait du moins; on ignorait que Maurin s’etait mis a la poursuite du porc blesse. La barre coupee, le sanglier qu’on trouva tue raide sur place y fut suspendu, et descendit la colline vers la route ou l’attendaient les voitures des « messieurs ». Mais quand Tonia eut conte qu’elle avait vu Maurin se mettre a la poursuite de l’un des fauves, seulement blesse celui-la, tout le monde demanda drive master a rejoindre Maurin.

Le sanglier mort fut porte dans une voiture. Et toute la troupe, guidee par les freres Pons qui suivaient la bete a la trace, se mit a la recherche de Maurin. . . On le trouva au fond d’un ravin, litteralement a cheval sur un gros sanglier. Il tenait entre ses dents une des oreilles de la bete, l’autre oreille dans son poing vigoureux; et, de sa main restee libre, il avait ramasse une pierre pointue avec laquelle il frappait a tour de bras sur le crane de l’animal pour l’achever. .

. Il l’assomma en effet et ne se releva sous les yeux des chasseurs, perches au-dessus de lui au bord du ravin, que pour crier une seconde fois, a tue-tete, un: _A la barro!_ retentissant.

On dejeuna dans le bois. Chaque chasseur avait apporte son « vivre »; mais le prefet avait, de son cote, fait mettre dans les voitures d’excellents pates et conserves.

Les cinquante chasseurs, paysans, senateurs, generaux, mangeaient ensemble, naturellement groupes selon les sympathies ou les amities. On versa a flots le champagne: il y en eut trois fois pour chacun! Et les toasts furent nombreux. Au dessert on conta quelques histoires de chasse et Maurin se montra si rejouissant que M. le prefet resolut de l’inviter a diner le soir meme. Apres le dejeuner, une deuxieme battue eut lieu qui ne donna aucun resultat. Les deux sangliers revinrent en caleche avec le general et le prefet.

Tonia et son pere s’en retournerent a pied, avec le gros des chasseurs.

Elle aussi, l’ardente fille, etait une bete blessee. Chaque fois qu’elle regardait Maurin, elle se sentait, la, au creux de la poitrine, une oppression brulante, comme une pesee chaude.

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