Un triste crepuscule pale filtrait a travers les vitres de l’etroite fenetre

La Faenza avait dit: N’allumons pas les bougies, cette penombre est bien douce. Lui s’etait tu avec un sourcillement vague. Des senteurs de magnolia flottaient dans l’air epaissi. Elle alluma une cigarette de dubeque, lui sa pipe de troubade. Pres de dix minutes s’ecoulerent dans un silence embarrasse. La Faenza, sans detourner la tete, dit: –Vous etes soucieux? –Non. Quelques minutes de silence encore. Soudain, raidissant ses ce site membres dans un effort supreme, la Faenza tomba sur les genoux de son fils et, l’enlacant furieusement, elle lui dit presque sur les levres: –Philippe, tu ne m’aimes pas! Il baissa la tete sans repondre. Alors, elle se leva d’une secousse brusque, marcha fievreusement par la chambre; puis, s’arretant net, elle dit d’une voix sourde: –Oh! mon Dieu, que c’est affreux! Il faut que ca finisse. ecoute-moi, Philippe; tu le vois, tu le sens, je t’aime; et ce n’est pas l’amour d’une mere que j’ai pour toi, mais d’une femme eprise, d’une maitresse, entends-tu? Oh! oui, je te veux et tu seras a moi! Elle ricana comme une insensee, puis elle reprit: –Je suis ta mere; apres? la belle affaire! Est-ce que je te connais, moi? Je t’ai vu a sept ans une seule fois; tu es un etranger, un joli garcon, et tu m’as tourne la tete. .

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Avec ca que tu ne me desires pas, toi! Mais regarde-moi donc, je suis belle comme a vingt ans! Ah mais, il y a la morale. Oh! la morale! Je m’en moque! D’ailleurs tu ne sais pas, ta tante t’a tout cache. . . j’ai ete. . . entretenue, j’ai ete. . . cocotte, comme on dit! Tous mes biens, tes biens viennent de la.

. . Tu n’aurais pas le droit de faire le scrupuleux. Nous sommes dans la boue, Philippe, restons-y. .

. Il la regarda stupefait.

Elle continua, de plus en plus surexcitee: –Tu m’as vue en chemise, tu sais que j’ai une poitrine superbe que des princes payeraient au poids de l’or. .

. Nous allons etre heureux, mon Philippe.

Veux-tu? Oh! je t’aimerai va, et nous mourrons ensemble.

. .

d’amour. . . Elle se rua sur son fils avec des gestes de Menade, et, l’emportant dans ses bras nerveux, elle se roula avec lui sur la chaise longue, lui soufflant au visage la griserie de son haleine. Il se sentit perdu dans un aneantissement voluptueux. Puis, soudain, se degageant de cette etreinte dans une crispation desesperee de sa volonte, debout et roidissant le jarret, il regarda autour de lui avec des yeux hagards. La Faenza absolument hors d’elle se rejeta sur son fils.

Alors, les traits contractes, la bouche effroyablement crispee, Philippe saisit un poignard japonais dont la lame effilee brillait sur un gueridon aux plaquis bizarres, et la frappa violemment au cou. Elle tomba sur le tapis, sans un cri, en perdant des flots de sang.

EN GARE Encore quatre minutes. Le brigadier glissa sa montre d’argent entre deux boutons; l’autre gendarme se leva, balance par le mouvement du train, force a se maintenir contre le matelassage du compartiment. Au prevenu, le professeur Lucien Tordrel, cette annonce de la gare proche fut un soulagement.

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