Un pauvre qui est un pauvre, n’avait jamais rien recu du canonge

Il poursuivait, le fusil a la main, ceux qui seulement traversaient sa vigne. Si un chasseur, en passant, lui avait pris, ayant trop soif, un grain seulement d’une grappe de son raisin, il aurait pour sur tire dessus. . . Des hommes comme ca, il y en a, voyez-vous, plus que d’un! Et la corde pour les pendre, voila tout ce qu’ils se meritent.  » –Il y en a, il y en a comme ca, dit Maurin, mais il y en a beaucoup plus des autres. –Magaud, reprit M.

Cabissol, accola son fiasque et but longuement. Le liquide tombait dans sa gorge avec un grand bruit de source a l’ombre, qui etait comique au milieu du grand silence de midi, en plein soleil. « Il reprit: « –On ne l’aimait pas, allez, dans le pays; il etait deteste des gens comme des betes, mais on avait peur de lui, et on le laissait tranquille, dans le fumier de sa maison ou jamais n’entrait personne.

« Un jour, Latrinque, un travailleur de terre comme moi, le pere de celui-la meme qui vient de passer si fier sur sa carette, arriva a la maison pour me parler et il me dit: « –Magaud, je viens te demander conseil. « Je lui dis: « –Parle.  » « Il me dit: « –Ecoute! » « Et voila ce qu’il me conta: « –Magaud, tu sais le Canonge? « –Oui.

« –Eh bien, il est entre chez moi ce matin et il m’a dit comme ca: « –Latrinque, je me fais vieux et meme beaucoup vieux; j’ai de la terre, tu dois le savoir, et j’ai de l’argent. Eh bien, si tu le veux, tout est a toi.  » « –Alors, moi, je dis a Latrinque: « –Que chantes-tu la? tu radotes! » « Latrinque me dit: « –Attends un peu. Voici l’idee du Canonge.

Le Canonge m’a dit: « –Latrinque, je me fais si vieux que je ne peux plus aller au village chercher ma nourriture. . .

« –Sa nourriture! s’interrompit Magaud, de vieux quignons de pain moisi que les boulangers gardaient pour les chiens. . . qui n’en voulaient pas entendre parler! « –Je ne peux meme plus cueillir une figue au figuier, Latrinque, dit le Canonge. Latrinque, prends-moi chez toi, comme qui dirait en pension, et voici nos accords, ou ceux du moins que je te propose: je ne te paierai pas, mais par testament, par ecrit, devant temoins, devant le notaire, je te laisserai tout mon bien, le bel argent avec la bonne terre! « –Voila, me dit Latrinque, ce que m’a dit le Canonge. . .  » « Et je dis a Latrinque: « –Alors te voila dans l’embarras! » « Latrinque repondit: « –Je ferais bien la chose, comme tu penses, si j’etais sur que le vieux cheval crevat vite; mais le bougre a la peau dure et il est capable, si je consens, de ne plus vouloir mourir. « –Alors, tu vas refuser! « –Je me le pense.

Mais, auparavant, j’ai voulu tout de ici meme ecouter ton conseil. Je calcule qu’un conseil de Magaud, c’est toujours bon a prendre.  » « Alors, je dis a Latrinque: « –Oh! ane que toi tu es! prends le Canonge dans ta maison, et vite! et pas demain, mais ce soir meme, de peur qu’un autre a ta place ne profite de la bonne chance. Ce vieux grigou vit des rognures qu’il vole aux poulets des voisins; ce vieux richard glane, aux moissons, dans les champs des autres, pour se faire, avec quatre epis, quelques boulettes de farine.

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