Un nuage bleuatre volait sur leurs pas, et les bougies du choeur qui scintillaient comme des

La sainte procession s’avanca lentement et s’arreta le long des grands piliers; l’abbesse franchit le seuil; la croix d’argent brillait entre ses mains, et la banniere de l’ordre s’inclinait sur son front. Quand elle eut pose le pied hors de l’abbaye, sur la limite qui separait la terre de l’asile de la religion, les chants moururent, et les soeurs plierent leurs genoux. Les archers avaient d’abord ote leurs chapeaux, mais a la vue de la croix, ils hesiterent; l’un d’eux quitta l’etrier, et jetant son mousquet, s’agenouilla sur l’herbe; un autre l’imita, puis un troisieme, puis tous, vaincus par cet appareil de la paris religion. M. de Pomereux avait, le premier, decouvert son front et saute de selle. M. de Charny, seul a cheval, fremissant de colere, attendait, la tete couverte et la main sur la garde de son epee. Entre l’abbesse et lui, il y avait dix pas a peine; au dela des soeurs, dans la clarte du choeur, il voyait Belle-Rose et Suzanne, l’un pres de l’autre, les mains entrelacees; pres d’eux, Cornelius et Claudine; derriere eux, la Deroute et Grippard. M. de Charny poussa son cheval. Le cheval fit trois pas, et s’arreta piaffant, et secouant son mors charge d’ecume. Le rayonnement de la chapelle l’epouvantait.

L’abbesse etendit la croix vers M. de Charny, et de son autre main elle montra les fugitifs. –C’est ici la maison de Dieu, dit-elle, et Dieu protege ceux que vous cherchez. Entrez maintenant si vous l’osez. M. de Charny recula lentement comme un tigre vaincu. Quand il fut a vingt pas, l’abbesse rentra sous le porche; et les lourds battants de la porte se fermerent avec un bruit sonore. Alors, ecartant son voile, elle montra aux regards des fugitifs le visage de Genevieve de La Noue, duchesse de Chateaufort. XLIV UN NID DANS UN COUVENT Apres que la porte de l’abbaye de Sainte-Claire d’Ennery se fut refermee sur les fugitifs, M. de Pomereux se tourna vers M. de Charny. –Eh bien! monsieur, lui dit-il, a present que tout est fini, ne vous semble-t-il pas qu’il serait bien temps de souper? –Le bal pourrait bien venir apres le souper, repondit M. de Charny, a qui il n’etait plus rien reste de sa violente colere qu’un leger tremblement dans la voix; mettez-vous en quete d’un cabaret, moi je me rends a Paris.

–Chez mon glorieux cousin, sans doute. –Chez M. de Louvois, a qui je ferai part du secours que vous m’avez prete dans toute cette affaire; je ne doute pas qu’il ne vous en temoigne lui-meme sa vive satisfaction. –Parbleu! mon cher monsieur de Charny, je compte assez sur votre amitie pour etre assure que vous serez le premier a m’en apporter la nouvelle.

M. de Charny rangea sa petite troupe et donna le signal du depart.

M. de Pomereux, qui avait cette nuit-la une furieuse demangeaison de parler, poussa son cheval aupres de M.

de Charny. –En somme, reprit-il, l’aventure est desastreuse; j’y perds un cheval mort au service du roi: un cheval qui, pour le devouement, ne le cedait point au chien de Montargis; j’en ai trois ou quatre autres qui sont fourbus; j’y perds encore une femme que j’etais en train d’adorer, et j’ai mes habits tout dechires en vingt endroits; tout compte fait, c’est un total de sept ou huit infortunes dont vous me voyez marri.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *