Un moment, marceline lui a rendu ses croyances, les bonnes pensees qui retrempent et encouragent

Mais, apres son abandon, il a requis ce duel, voulant la mort. Sur le terrain, quelque chose, subitement, lui predit qu’elle reviendrait, et il s’est defendu pour pouvoir l’aimer, l’adorer, lui poser un baiser. Elle le laisse prendre si froidement qu’il se reproche l’avoir pris. Et cependant il questionne si elle l’aime un peu. Tres bas, elle affirme « oui ».

Et sa main, sa longue main gantee se crispe sur les doigts de Doriaste.

Devant la maison du chroniqueur le coupe s’arrete. En gentilhomme heureux, il donne un louis au cocher; et cette crainte le harcele: la blanchisseuse n’a peut-etre point rapporte les serviettes fines. Mais deja, dans la lumiere blonde du soleil automnal, Marceline s’eloigne grave. Lui murmure: « Ah! non, pas de lapin, ma vieille! » Comme il l’a rejointe, comme il la supplie, elle revele son mari, courageux militaire, officier de la Legion d’Honneur. Le tromper serait lache tant il se confie en elle; Paul Doriaste, un galant homme, ne voudrait pas cette forfaiture. Toute rose elle s’anime, parlant haut presque. Les grands mots « honneur », « paroles engagees », passent entre ses levres avec des sons severes, superbes. Il est convaincu; il l’estime pour ces reproches. Il prevoit vilipende, moque ce mari, un brave homme. Et c’est en lui une dechirante lutte entre son amour paroxyse par le gout du baiser conquis, par les longs frolements en voiture, et l’hesitation a commettre une infamie. Mais s’impose l’idee soudaine qu’elle blague peut-etre, que tout cela est manege pour accroitre la valeur de sa defaite. Alors il ruse: –Oui, vous avez raison. Un ange comme vous ne peut pas tromper; et pourtant vous m’aimez et je vous aime comme on ne le saurait dire.

L’un l’autre ils se crispent encore leurs mains enlacees; et, de cette partielle etreinte, un enervement delicieux jaillit jusqu’au fond de le site lui-meme. Elle, pour ne pas pleurer, regarde fixement au loin, devant. Rue palement ensoleillee; trottoirs gris perle, propres; l’activite calme de la grande ville devale avec les passants muets. Si regulierement palpite le tapage qu’il semble la respiration d’une personne saine, et un vent doux caresse la peau, met une legere ondulance aux baches rayees des boutiques. Sur le visage mat de Marceline deux larmes qu’elle essuie vite. Lui, tres emu, ne doute pas maintenant que ses protestations ne soient sinceres. Irrevocablement il l’aime. –Tenez, demande-t-il, je vous jure d’etre raisonnable. Mais je voudrais vous voir chez moi, Marceline, vous voir une seule fois dans le cadre de mon interieur. Il me semble qu’ensuite votre image y demeurerait toujours. Sans cesse je l’y pourrais adorer et je serais heureux. Votre souvenir revetirait aupres de moi une forme plus reelle.

Vous seriez comme un delicat fantome, cherie, visible toujours et vous laisseriez une ombre parfumee de vous sur les choses que vous auriez touchees. Et vous seriez la, jusque ma mort, pour me garantir des desesperances. Venez, voulez-vous? Elle s’arrete de pleurer.

Des gens qui marchent la devisagent avec des mines pitoyantes ou ironiques.

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