Un instant, il douta que cet elegant cavalier fut le meme homme qu’il avait vu la

Les deux jeunes gens se jeterent dans les bras l’un de l’autre avec les temoignages de la plus vive amitie, puis le comte presenta son ami a don Andres. L’hacendero, charme par la bonne tournure et la haute mine du jeune homme, lui fit l’accueil le plus cordial, puis le comte et le baron, se retirerent, suivis par l’arriero qui n’etait autre que Loick le ranchero. Des que les mules furent dechargees, les caisses et les malles placees dans l’appartement, le baron, car nous lui donnerons provisoirement ce le site titre, gratifia d’un genereux pourboire l’arriero qui se confondit en benedictions, et se hata de s’en aller avec ses mules, ne se souciant pas de demeurer trop longtemps dans l’hacienda de crainte de rencontrer quelque visage de connaissance. Lorsque les deux jeunes gens furent seuls, ils placerent Raimbaut en faction dans l’antichambre, afin de ne pas etre surpris, et, s’etant retires dans la chambre a coucher du comte, ils commencerent une longue et serieuse conversation, pendant laquelle Ludovic mit le baron au fait, en lui faisant une espece de biographie, des personnes avec lesquelles il etait pour quelque temps appele a vivre; il s’etendit surtout sur le compte de don Melchior, dont il l’engagea a se mefier, et il lui recommanda de ne pas oublier qu’il ne savait que quelques mots d’espagnol, et qu’il ne le comprenait pas: ce point etait essentiel.

–J’ai vecu longtemps avec les Peaux-Rouges, repondit le jeune homme, j’ai profite des lecons que j’ai recues d’eux; Vous serez surpris vous-meme de la perfection avec laquelle je jouerai mon role. –Je vous avoue que j’en suis surpris deja, vous avez completement trompe mon attente; j’etais loin de croire a un tel resultat. –Vous me flattez; je tacherai de toujours meriter votre approbation. –Mais j’y songe, mon cher Charles, reprit en souriant le comte, nous sommes de vieux amis, des camarades de college. –Pardieu, nous nous sommes connus tout enfants, repondit l’autre de meme.

–Ne vous semble-t-il pas que, dans cette situation, nous devons nous tutoyer? –Cela me semble evident, la perfection du role l’exige. –Eh bien, c’est convenu, je te tutoie et tu me tutoies. –Je le crois bien, deux camarades comme nous. La-dessus, les deux jeunes gens se serrerent cordialement la main, en riant comme des ecoliers en vacances. Une partie de la journee s’ecoula ainsi sans autre incident que la presentation du baron Charles de Meriadec, par son ami le comte de la Saulay, a dona Dolores et a son frere, don Melchior de la Cruz, double presentation dont le pretendu baron se tira en comedien acheve. Dona Dolores repondit par un gracieux et encourageant sourire au compliment que le jeune homme crut devoir lui adresser. Don Melchior se contenta de s’incliner sans lui repondre, en lui lancant un regard louche sous ses prunelles. –Hum! dit le baron lorsqu’il se retrouva avec le comte, ce don Melchior me fait l’effet d’etre une vilaine chenille. –Je partage entierement cette opinion, repondit nettement le comte.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *