Un illuminement s’eleve a l’extreme limite des flots; et il s’epand

En toutes les teintes il s’immisce et transparait. Meme les brumes gris de perle, vers la ville, il les gouache de blancheurs lactescentes. L’ecume des vagues semble des eclaboussures de craie, et des lueurs blanches se glissent aux flancs rebondis des barques goudronnees, aux rondeurs des vergues et des mats. Elles posent lourdes sur les cornettes empesees des matelotes; elles ternissent l’argent qui brille au loin etendu sur la nappe de mer ensoleillee. _ _Parmi les maisonnettes de plaisance construites en bois dans les dunes et dont les maigres jardinets s’etiolent derriere les paillassons qui les protegent des sables, il se presente une demeure basse, a peristyle. _ _Miranda pousse la barriere de bronze ouvrage, et aux fleurs marcescentes du minuscule parterre elle laisse un pitoyant regard. _ _L’interieur de l’unique salle tout en sapin vernis qui mire comme une laque. Miroir froid et sombre, aux perspectives crepusculaires ou s’etrecissent les profils des etres. _ _Des fourrures blanches, blanches et grises de monstres polaires cachent le plancher. Les pas y plongent. Une portiere de velours blanc lame d’argent tombe et se plisse pleine d’ombres bleuissantes.

_ _Du cote de la mer ce n’est qu’une glace sans tain encadree de soie neige. Et sur des treteaux de sapin vernis, des fourrures encore, des lits de fourrure pour le repos. _ _Miranda retire ses gants qui tombent ainsi que des oiseaux tues; et gisent. _ LA FAeNZA I Elle se faisait appeler, dans le monde de la haute noce, du nom italianisant de la Faenza, a cause de son teint qui semblait bruni par le soleil de Naples et de ses larges prunelles noires qui vous assassinaient, au coin des carrefours, comme des escopettes dans les fourres des Abruzzes. Elle etait nee pourtant dans le departement de l’Indre-et-Loire, ou on la maria agee de seize ans a peine a un certain Verdal, avoue honorable et quinquagenaire, qui la laissa, au bout de quatorze mois de mariage, veuve avec un petit garcon sur les bras et dans une situation de fortune tres problematique.

Quelque temps apres, lasse de cette vie de province triste et monotone, hantee par des reves le site de luxe et de jouissances faciles, elle se laissa emmener a Paris par un sous-prefet degomme, qui bientot l’abandonna pour epouser la fille d’un riche marchand de la rue du Sentier.

Comme ses vingt ans venaient d’eclore, que ses grands yeux piquants emportaient le coeur, que sa chevelure, sans lui battre les talons, lui devait bien descendre plus bas que les hanches qu’elle avait rondes et dansantes, les occasions de jeter le peu de bonnet qui lui restait par-dessus les cabarets a la mode, ne lui manquerent pas.

Elle fut tout de suite cotee tres haut a la Bourse de la galanterie, et les respectables baronnes, qui font si fructueusement la traite des blanches au nez et a la barbe de la police, lui proposerent des affaires d’or. Bientot tout pacha fuyant la pendaison, tout boyard en train de manger ses terres, tout rastaquouere et tout philosophe du tapis vert ayant quelques pretentions au respect de ses contemporains, brigua l’honneur de deposer des poignees de louis sur le marbre rose de la cheminee de sa chambre a coucher.

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