Tu nous geles du coup, collegue! on dirait que tu amenes avec toi tout l’humide et

–Mais en meme temps, fit Maurin narquois et immobile, toute la bonne odeur du bois, collegues! Vous etes dans une fumee a couper vraiment au couteau! Par l’effet de vos pipes, comme aussi de la cheminee ou vous brulez un chene-liege entier auquel on aura laisse son ecorce, vous etes dans un nuage qui m’empechait de vous voir. ca n’est pas sain, camarades! Respirez-moi un peu cette « montagnere ». –La porte! ferme la porte! crierent tous les buveurs sur des tons divers, mais ou dominait une maniere de deference.

–La porte, Maurin, on te dit! Il fait un vrai temps a becasses! Il y avait, parmi les buveurs, paysans et bucherons, deux gendarmes et aussi un garde-forets reconnaissable a son uniforme vert.

Ce garde forestier se tourna a demi et d’une voix de commandement: –La porte! on vous dit! animal! Comment faut-il qu’on vous le dise? Il avait l’air bourru et l’accent corse. –Malgre vous,–fit Maurin tres tranquillement,–malgre vous, vous en aurez, du bon air frais pour votre sante! « De quoi vous plaignez-vous?. . . Ah! enfin, on vous voit maintenant, les amis!. . . Mais je ne connais pas ce garde. C’est un nouveau, je le devine.

Et un Corse, cela s’entend.

. . Ah! n’est-ce pas qu’on respire? Ton auberge maintenant, Grivolas, sent le thym et la bruyere. C’est bon! Il s’obstinait a ne pas fermer la porte. Il y eut un silence pendant lequel on « entendit le dehors », un bruissement prolonge a l’infini, qui se renflait et s’abaissait comme celui de la mer roulant des sables. –Entends-tu le bruit des pinedes? fit Maurin. Trente lieues de bois de pins qui chantent a la fois, comperes! C’est ca une musique.

Et il se mit a rire. Alors, la fille du garde, assise pres de son pere et tournant le dos a la porte, regarda Maurin en face.

Les deux « viores » de verre, qui, plantees dans des chandeliers de cuivre, fumaient sur la table, posees pres de la fille, eclairerent pour Maurin son visage ovale, regulier, d’une paleur brune et mate. Les cheveux etaient colles sur les tempes en deux bandeaux plats, mais epais, lisses et reluisants comme l’aile bleue de l’agace et du merle; et sous les sourcils qui semblaient peints, Maurin vit luire, en deux yeux d’un noir de charbon, d’une couleur rousse de bois brule, deux etincelles. –J’ai froid, l’homme! dit-elle placidement. Aussitot, la porte lourde, en se fermant sous la poussee de Maurin, fit resonner dans toute la vaste auberge comme un echo de montagne. –Excusez, mademoiselle! fit Maurin. Pour vous servir on aurait ferme plus tot. Le galant Maurin n’avait pas drive-master.com seulement la reputation d’etre le premier chasseur et piegeur du pays,–comme aussi le plus franc _galegeaire_ (ou moqueur et conteur d’histoires joyeuses),–mais encore il passait pour le plus beau coureur de filles dont on eut jamais entendu parler. « Agradavo », il plaisait. Telle est la breve explication que donnaient de ses innombrables triomphes amoureux les gens du peuple a qui on parlait de Maurin; et sa double renommee debordait sur les departements voisins.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *