–tu ne feras pas mal de le surveiller aussi par la meme occasion

–Je ne demande pas mieux. –Et comme toute peine merite salaire, je te donne une demi-once d’avance. –Une demi-once! s’ecria-t-il d’un air radieux. –Et comme tu as besoin d’argent, je t’avancerai drive-master.com vingt jours. –Dix onces! Vous me donnerez dix onces d’avance, Excellence, a moi! Oh! C’est impossible. –C’est si possible que les voila, reprit-il en les retirant de sa poche et les lui mettant dans la main. Le bandit s’en empara avec un mouvement de joie febrile. –Oh! s’ecria-t-il, don Melchior et son ami n’ont qu’a bien se tenir. –Sois adroit surtout, don Melchior et don Antonio sont fins. –Je les connais, mais ils ont affaire a plus fin qu’eux; rapportez-vous-en a moi. –Cela te regarde: a la moindre bevue je t’abandonne. –Je ne crains pas que cela arrive. –Ne m’as-tu pas parle de la dexterite de tes doigts.

–Je vous en ai parle en effet, Excellence. –Eh bien, si par hasard ces messieurs laissent trainer quelques papiers importants, tu feras bien de les serrer et de me les apporter ensuite; je suis tres curieux. –Il suffit! Au cas ou je n’en trouverais pas d’egares j’en chercherai.

–Ce moyen est bon, je l’approuve; ah! Souviens-toi de ceci: les papiers sont a part; chacun, d’eux s’il en vaut la peine, te sera paye trois onces; si tu te trompes ce sera tant pis pour toi, tu ne toucheras rien. –Je prendrai mes precautions, Excellence; maintenant voulez-vous me dire ou je pourrai vous rencontrer lorsque j’aurai des communications a vous faire ou des papiers a vous remettre? –C’est tres facile: je fais tous les jours, de trois a cinq heures, une promenade du cote du canal de Las Vigas. –J’y serai. –Surtout, sois prudent. –Comme un opossum, Excellence.

–Adieu; veille attentivement. –Excellence, j’ai l’honneur de vous saluer.

Ils se separerent. Don Jaime, apres avoir ordonne au vieux domestique de sa soeur qui pendant tout le temps de cette conversation avait tenu la porte ouverte, de rentrer et de la barricader solidement au dedans, se dirigea vers la demeure des deux jeunes gens en se frottant les mains. Le comte et son ami, inquiets de la longue absence de don Jaime, l’attendaient en proie aune vive anxiete; deja ils se preparaient a se mettre a sa recherche, lorsqu’il entra; ils le recurent avec de chaleureux temoignages de joie, puis ils lui demanderent des nouvelles de son expedition. Don Jaime ne vit aucune raison de leur laisser ignorer ce qui s’etait passe et il leur raconta en detail sa conversation avec Jesus Dominguez, et comment il avait fini par l’amener a trahir son maitre pour lui servir d’espion. Ce recit amusa beaucoup les jeunes gens. Les trois hommes demeurerent ensemble jusqu’au jour; un peu apres le lever du soleil ils se separerent; la derniere phrase de don Jaime en les quittant fut celle-ci: –Mes amis, si bizarre que vous paraisse ma conduite, ne la jugez pas encore; dans quelques jours au plus, je frapperai le grand coup que depuis tant d’annees je prepare; quoiqu’il arrive, tout vous sera alors explique; ayez donc patience, vous etes plus que vous ne le supposez interesses au succes de cette affaire; souvenez-vous de ce que vous m’avez jure et tenez-vous prets a agir lorsque je reclamerai votre aide, adieu.

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