Tu m’as ensorcelee, et c’est, je le veux bien, malgre toi-meme, et je te le pardonne

Va-t’en tout de suite et ne me vois plus, ne me cherche plus.

Adieu! Elle s’etait levee, pale sous le noir de ses cheveux un peu defaits, ses levres tremblaient d’indignation et de douleur. Sa poitrine battait. Elle etait belle. Maurin envisagea sans plaisir l’idee de renoncer a cette proie magnifique. –Tonia! dit-il (et il la prit dans ses bras), ne sois ce site pas si mechante. Ce qui est fait est fait. Qu’une fille soit a un homme une fois seule, ou vingt fois, le nombre des baisers ne change rien a la chose: on est a lui tout a fait des le premier, et a s’en tenir au premier on renonce a de la joie sans regagner ce qu’on a perdu. Ne me fais pas ni a toi cette peine inutile de ne me plus revoir.

Reste mienne et laissons le temps nous donner conseil. Peut-etre toi-meme m’aimeras-tu moins dans peu de temps et tu seras alors bien contente de n’avoir pas renonce a faire la volonte de ton pere, et moi je serai satisfait de ne pas t’avoir fait perdre un bon etablissement. Se marier avec moi, ce n’est guere pour toi une bonne fortune et je te le dis honnetement. Ils etaient debout.

Il la tenait par la taille; il la renversait un peu sur son bras et lui parlait bouche a bouche.

Les paroles de Maurin n’etaient deja plus qu’un son murmurant et confus pour elle. Le sens des raisonnements lui echappait peu a peu.

Son esprit s’efforcait de se ressaisir et n’y parvenait pas. La tete rejetee en arriere, elle voyait, au-dessus d’elle, le visage de Maurin, ses yeux ardents, son air de libre et energique chasseur, et elle lui dit: –Je ne sais ce que tu dis, Maurin. . .

je ne sais plus. . . je t’aime. . .

je suis jalouse. . . je suis tienne.

. . je ne veux plus te voir. .

.

et tu es le maitre.

. . Il la raccompagna vers Pignans jusqu’au bas de la colline. Ils ne raisonnerent plus de rien. Il fut dit seulement que, quand ils pourraient, ils se reverraient. Et Maurin la quitta, par prudence, dans l’intention de passer la nuit au village voisin, chez des chasseurs amis, a Gonfaron. CHAPITRE XXXIX Comme quoi, grace a l’ingeniosite de Maurin, les Gonfaronnais virent enfin voler un ane et comment le roi des Maures connut, a l’instar de tous les vrais heros, son heure d’impopularite. Les chasseurs gonfaronnais, amis de Maurin, n’etaient pas chez eux.

Ils etaient alles battre la montagne. Maurin se demandait s’il n’irait pas chercher un gite, sur la route des Mayons-du-Luc, chez un vieux paysan de sa connaissance, et il etait la, au mitan de la place, devant l’eglise, son chien sur ses talons, incertain de ce qu’il ferait. Voyant un « etranger du dehors », un a un, quelques ecoliers qui ne le connaissaient pas s’attrouperent autour de lui, parlant de lui a voix basse, s’etonnant de son immobilite, de son air indecis et singulier. Les generations nouvelles ignorent celles qui les ont immediatement precedees, et tel reconnaitrait Henri IV sur la grand’route, qui voit passer un Maurin des Maures sans se retourner. Donc les enfants chuchotaient entre eux: –Que cherche-t-il celui-la?.

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