Tout a coup, au milieu de cette paix feconde qu’embellissaient les mille creations des arts, la

Le roi lui-meme franchit la Sambre, et a sa suite les meilleurs capitaines du temps, Conde, Turenne, Luxembourg, Crequi, Grammont, Vauban, marchent, et lui repondent de la victoire. Dans cet paris ebranlement general, les secousses etaient si brusques et si profondes, que les petits, pousses par les hasards de la fortune, pouvaient, eux aussi, gravir aux premieres places. Lorsque les grandes guerres ou les tourmentes sociales agitent les nations, l’audace, l’intelligence, le savoir, sont des marchepieds; les niveaux s’abaissent, et ceux qui sont en bas ont l’esperance de monter. C’est alors a ceux qui ont de l’energie a se frayer un chemin. Le mouvement apaise, les rangs du peuple s’assoient et l’immobilite s’etend sur le pays.

Toutes ces pensees luirent comme un eclair dans l’esprit de Belle-Rose: il entrevit les clartes de l’horizon et appela de tous ses voeux l’heure du combat. Le lendemain, au point du jour, M. de Nancrais le fit venir pour lui confier l’organisation et le commandement d’un corps de recrues qui venait d’etre conduit a Cambrai. –Je vous devancerai a la tete de mes vieux soldats, lui dit le capitaine; vous me rejoindrez a Charleroi, et le plus tot sera le mieux. Belle-Rose aurait mieux aime partir sur-le-champ, mais il fallait obeir; la mission dont il etait charge etait d’ailleurs une preuve de confiance; il se resigna et vit s’eloigner a la meme heure Cornelius et M. de Nancrais, celui-la pour Saint-Omer et celui-ci pour Charleroi. On devinera sans doute que le caporal la Deroute n’avait pas ete le dernier a venir complimenter Belle-Rose sur son nouveau grade. –Je ne pense guere a l’epaulette, avait dit le pauvre caporal; la seule chose que j’ambitionne a present, c’est d’etre sous vos ordres. Si vous me permettiez de ne plus vous quitter, je serais le plus heureux des hommes.

–C’est a quoi nous aviserons quand nous serons a l’armee. M. de Nancrais m’accordera, j’en suis certain, cette autorisation, qui ne me fera pas moins plaisir qu’a toi. Apres cette assurance, la Deroute, plein de joie, prit le chemin des remparts, ou se rangeait la compagnie. Comme il allait se mettre a son rang, M. de Nancrais l’appela.

–Eh! drole! ou cours-tu? lui dit-il.

–Je cours a mes soldats. . . J’ai perdu un peu de temps, mais je vous payerai ca a coups de pique dans le ventre des Espagnols. –Il s’agit bien de pique et d’Espagnols! Qu’as-tu fait de ta hallebarde? –Ma hallebarde? repeta le caporal stupefait. –Parbleu, je m’exprime en francais, j’imagine! On ne t’a donc pas dit que tu etais sergent, ou bien l’as-tu oublie? –Moi! sergent! –Voila trois heures que tu es nomme.

–Il n’y en a qu’une seulement que j’ai quitte la salle de police. –Et tu t’y feras remettre si tu ne prends pas bien vite les insignes de ton grade. Cours, ou je te casse. La Deroute, tout etourdi, salua le capitaine et partit. Mais durant les etapes, l’esprit du nouveau sergent, qui ne l’avait pas tres vif, fut perpetuellement occupe a chercher les motifs de son avancement.

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