Tonia n’eut que le temps de se mettre en travers de sa menace

–Que viens-tu faire ici, voleur! criait Orsini. –Les voleurs ne sont pas chez toi, Antonio! fit Maurin.

Ne m’insulte pas si vite et, si tu prends ta carabine, que ce soit contre ceux qui meritent ce nom et des mains de qui j’ai retire ta fille. –Ce qu’il dit est vrai, mon pere, dit Antonia. Et vivement elle expliqua la mauvaise rencontre et l’intervention de Maurin. –Un baiser, dit Maurin tranquillement, c’est, des fois qu’il y a, une politesse qu’on se merite! –C’est bon, gronda Orsini, mais ce n’est pas une raison pour embrasser la fiancee d’un autre et la fiancee du gendarme Alessandri, qui n’est pas ton cousin, tu sais! –Antonio, repondit d’un grand sang-froid le Don Juan des Maures, Antonio, mon ami, si l’on ne mangeait jamais de cerises que celles qui vous appartiennent, beaucoup de gens ne connaitraient pas le gout du fruit des cerisiers. –C’est assez rire! Decampe a present! –Oh! mon pere, j’ai offert a Maurin un verre d’eau-de-vie. Vous lui devez hospitalite.

N’etes-vous pas de vrai sang corse? –Qu’il boive donc et s’en aille!. . .

–N’etes-vous pas de vrai sang corse, je vous le demande? repeta avec force Antonia.

Vous devez, je vous le dis encore, hospitalite a Maurin. Alors, comme a contre-coeur, car il regrettait de paraitre servir les interets du chasseur, Antonio, sans regarder ni Maurin ni sa fille, grogna: –Et qui te dit que la vraie hospitalite n’est pas, a cette heure, de renvoyer Maurin au plus vite? Il a en ce moment la loi contre lui. Alessandri le cherche.

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et doit arriver ici ce matin meme. Comme il achevait ces mots, Alessandri entra et, le bras etendu site de l’entreprise vers Maurin qu’il regardait d’un air satisfait: –Au nom de la loi, lui dit-il, je vous arrete, Maurin! CHAPITRE XXVI Ou le roi des Maures met entre lui et la loi non seulement une lourde table, mais l’honneur meme de la Corse, patrie du grand Empereur. Maurin se glissa contre le mur, derriere la longue et lourde table, decide a retarder au moins le moment desagreable ou la main du gendarme s’abattrait sur son epaule.

–Comme ca, fit-il, dis-moi un peu, tu les as les ordres qu’il faut pour m’arreter? –Mandat d’amener, dit le gendarme avec importance.

–Voyons voir, fit Maurin gouailleur. Le gendarme menacant prononca: –Tu vas voir! Alors Maurin prit sur la table le petit verre d’eau-de-vie qu’il n’avait pas touche encore, et l’elevant avec un geste semi-circulaire: –A votre sante, la compagnie! au plus beau des gendarmes; au plus brave des gardes-forets; a la plus jolie des Corsoises! Et il but. Orsini trouvait facheux pour l’administration qu’une pareille scene eut lieu chez lui, mais il savait ce que c’est qu’une consigne: Alessandri devait arreter Maurin; il l’arreterait donc. Lui, il n’avait rien a dire et, en effet, il se taisait, avec un air un peu farouche. Antonia ne raisonnait pas de meme, mais elle n’avait pu encore placer un seul mot.

Les deux hommes, les deux rivaux, etaient trop animes. Elle guettait l’occasion d’intervenir. En attendant, elle les examinait et l’attitude de Maurin la frappait d’admiration.

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