Tenez, le printemps dernier, voici ce qui est arrive a pitalugue

Et Maurin poursuivit ainsi: LA LIeVRE DE JUIN Pitalugue labourait son champ, dans la plaine au-dessous de Bormes.

Tout en un coup, tirant sur les brides de corde, il arreta doucement et en silence son cheval et, les yeux ecarquilles et fixes, il regarda attentivement un creux de sillon dans son labour de la veille, a vingt pas devant lui, a sa main droite, sous le vent. Voyons, il ne se trompait pas: cette espece de paquet gris et rougeatre qui ne remuait pas, c’etait une lievre. Elle dormait. Nom de pas Diou, que lebre!.

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. Une chose grosse comme drive master un gros chien, mon ami! Que faire pour l’avoir? Se taire d’abord et reflechir, mais reflechir un peu vite et prendre un parti au plus tot. Adonc, Pitalugue reflechissait, immobile, les deux mains serrant, d’emotion, les manchons de l’araire, derriere son vieux cheval. Qu’heureusement il y avait du vent, et pas de mouches!–pourquoi, s’il y en avait eu, des mouches, le cheval, en les chassant du pied, aurait peut-etre fait du bruit a reveiller la lievre. Elle dormait comme un plomb, pechere! Alors, Pitalugue se pensa: « Si je voyais la-bas quelqu’un de mes enfants, je lui ferais signe de m’apporter le fusil, mais je n’en vois pas. Quand on laboure, on devrait toujours etre arme!. . .  » Pitalugue avait laisse son araire en plan, il avancait a pas silencieux vers la bete endormie. Voici ce qu’il comptait faire: Arrive pres de la lievre, quand il l’aurait presque a ses pieds, il se baisserait tout doucement, puis, d’un coup, laisserait tomber tout son corps de tout son poids sur elle, comme tombe la lourde pierre d’un _quatre de chiffre_. . .

il l’ecraserait ainsi sous sa lourde poitrine, car sans cela, de la prendre tout bonnement avec la main comme on cueille la figue a la figuiere, il n’y fallait pas songer. C’est fort, une lievre. Donc, c’etait decide, il allait faire, de tout son corps, une pierre de _lesque_. Et malgre cela, en se detendant et se debattant, elle saurait peut-etre se faire lacher! Il approcha, approcha. La lievre ne s’eveilla point. Quelle lievre, mon ami! un petit ane d’Alger!. . . Pitalugue jeta encore un regard vers sa bastide: personne.

Alors, resolument, il se laissa tomber comme un bloc de carriere sur la lievre qui dormait toujours.

Elle ne s’eveilla que sous le choc avec un cri, mon homme! que tu aurais dit de trois cents rats qui ont tous a la fois la queue prise dans une jointure de porte. Quand il sentit la bete chaude et remuante contre son estomac: « Ve! que je l’ai! » cria-t-il, joyeux. Et il travailla a lui prendre les pattes, deux dans chaque main!. .

. « –Ah! par exemple! c’est « un bon affaire »! Je n’ai pas manque mon coup!. . . Voyez un peu, sans fusil, ce que peut faire le genie de l’homme! » Quand il se releva, il apercut ses quatre enfants et sa femme qui venaient a lui. L’aine de ses trois « droles » portait le fusil; sa petite derniere courait devant la mere. Tous avaient vu de loin les manieres de Pitalugue, et ils avaient compris, les monstres! Car un paysan aux champs voit tout ce qui se passe aussi loin que peut porter sa vue et, a la maniere des mouvements d’un homme, il devine, au loin, si l’homme se gratte pour une puce ou pour une mouche.

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