Tenez, j’aurais trop peur de renverser les salieres

. .

ca porte malheur. –Seriez-vous superstitieux, Maurin? Comment entendez-vous que cela porte malheur? dit le prefet curieux.

–ca porte toujours malheur de casser ou de renverser quelque chose, dit Maurin.

Si peu que vaille la chose, c’est toujours plus que rien et ca porte donc toujours malheur a la bourse. Pour vous en revenir, je renverserai les salieres ou la bouteille, et alors, ou bien je dinerai mal parce que le site je serai gene, ou bien je mangerai comme quatre et vous penserez que j’ai tort de ne pas me gener un peu. .

. Pastoure m’attend. Dinez entre vous. –Qui ca, Pastoure? –Mon camarade, celui qui chasse en gesticulant tout seul. On vous l’a bien montre, aujourd’hui? –Ah! oui! Eh bien! amenez-le.

–Bien entendu que je ne le laisserai pas « pour graine » a la porte de l’hotel; mais, monsieur le prefet, il y a autre chose. . . –Et quoi, Maurin? Maurin regarda le prefet en face. –Pourquoi m’invitez-vous a diner? –Parce que je vous connais de reputation et que vous me plaisez.

–Bon. . . mais. . . –Allez donc! Alors Maurin gravement prononca: –Est-ce que vous n’auriez rien a me demander? Le prefet reconnut qu’il etait en presence d’un souverain. Il repondit bravement: –J’ai beaucoup a vous demander, au contraire. –Alors, dites d’abord, fit Maurin. . . Quel _zibier_ chassons-nous, pour voir? –L’epoque des elections est toute proche, dit le prefet, et j’ai un candidat. –Hum! fit Maurin. Je m’en doutais.

Et votre candidat, c’est?. . . Est-ce que ca serait ce M. Labarterille qui chasse avec une casquette ronde comme un cantalou et couleur d’aubergine, une trompette et une si jolie dame? –Non, dit le prefet, en riant; celui qui sonnait du cor ce matin pour se rappeler a lui-meme les chasses royales, ca n’est pas celui-la mon candidat. –Ah! tant mieux. –Pourquoi tant mieux? –C’est que, celui-la, dit Maurin, toujours tres serieux, sa femme me plait, mais je n’aime pas sa trompette. –Vous voulez dire son cor de chasse? –Je veux dire ce que j’ai dit, fit Maurin imperturbable. Mais, voyons, monsieur le prefet, je vais m’expliquer. Si votre candidat est de bonne couleur et la couleur de teinte solide, je marche–pas pour vous ni pour lui, mais pour mon peuple.

Si, par-dessus le marche, il se trouve que ce candidat est le votre, j’en serai bien content parce que vous me plaisez assez, mais si votre homme n’est pas notre homme, bonsoir, rien a faire; dinez entre vous. « Voyez-vous, monsieur le prefet, nous en avons assez de vos farceurs qui nous viennent de Pontoise ou de Paris, avec des phrases et des cors de chasse, et qui se font nommer representants pour ne rien representer que leur interet.

Et j’en ai assez, moi Maurin, des electeurs qui se vendent dans l’idee d’obtenir du candidat (qui se fichera d’eux, une fois depute) des places de facteur rural ou d’ouvriers dans l’arsenal de Toulon! « ca n’a ni fierte, ni coeur,–tous ces bougres-la, ces electeurs-la et les elus de cette tournure. Alors, voila, comprenez l’affaire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *