Tenez, belle-rose, cessez de craindre pour ma vie; on ne s’avisera pas de toucher un seul

M. de Charny regardait tout autour de lui comme une bete fauve; ses yeux s’arreterent sur le balcon, et il se demanda s’il ne ferait pas bien d’appeler les gens de la marechaussee a son aide pour en finir tout d’un coup. La Deroute devina sa pensee a l’expression de ses regards, et fut s’appuyer contre la fenetre d’un air tranquille. M. de Charny lui jeta un regard de vipere et se tint immobile. Il y eut un instant de silence pendant lequel chacun s’observa. M. de Charny ne voulait pas s’eloigner, craignant que, durant son absence, Belle-Rose ne s’echappat par une issue secrete de l’hotel; M. de Pomereux desirait de son cote garder M. de Charny en son pouvoir, mais tout le monde comprenait qu’il fallait a tout prix sortir de cette situation violente. Ce fut M. de Pomereux paris click qui rompit le premier le silence. –Tout ce qui vient de se passer, dit-il avec une aisance parfaite, doit nous prouver a tous que chacun de nous ici a une volonte ferme et nette.

Vous, M. de Charny, vous voulez Belle-Rose mort ou vivant; vous, Belle-Rose, vous etes decide a vous battre jusqu’a la derniere goutte de votre sang; je vois la-bas mon ami la Deroute qui est aussi de cet avis. –Certainement, dit le sergent. –Quant a moi, continua le comte, je suis tres resolu a ne pas souffrir que M. de Charny attente a la liberte de mon hote. –Si je poussais un cri, mes gens envahiraient l’hotel, dit le confident. –Essayez, j’ai trente laquais armes jusqu’aux dents, et parmi eux, il y en a qui portent la livree de M. de Conde.

M. de Charny se tut.

–Je vois, monsieur, que vous etes convaincu comme moi de l’inefficacite de ce moyen; cherchons-en donc un autre. Il m’est venu tout a l’heure une idee, et la voici. Tous les regards se tournerent vers M.

de Pomereux, qui parlait comme s’il avait ete au coin de son feu apres souper.

–La querelle est entre Belle-Rose et M.

de Charny, reprit-il, chacun d’eux a son epee: qu’ils la tirent et qu’ils se battent. Voila des flambeaux pour eclairer ce tournoi; la Deroute et moi servirons de temoins.

–Et quel sera le resultat de ce duel a huis clos? demanda M. de Charny, tandis que Belle-Rose tirait deja son epee du fourreau. –Parbleu! vous me faites la une plaisante question, mon bon monsieur de Charny.

Si Belle-Rose vous tue, il est clair que vous ne l’empecherez plus d’aller ou bon lui semblera; si, au contraire, vous le tuez, il lui importera mediocrement que vous le conduisiez apres a la Bastille. –Fort bien, monsieur le comte; mais si, par hasard, je refusais de me battre? –Oh! alors, ce serait plus simple encore! je vous considererais tout bonnement comme un aventurier qui, apres avoir aposte dans la rue, pour je ne sais quel mauvais coup, un tas de bandits, s’est introduit, sous un miserable pretexte, dans mon domicile, afin de s’y livrer a un abominable espionnage; en consequence, je vous ferais saisir par l’un de mes gens, et vous seriez bien vite garrotte. Tenez, voila justement notre ami la Deroute qui nous preterait volontiers ses deux bras pour cet office; n’est-ce pas, l’ami? –Tout de suite, dit le sergent.

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