Sur une table rongee des tarets, les deux verres et les deux assiettes brillaient bien propres,

Le sel etait dans une saliere faite d’un morceau de liege difforme. Tout cet interieur, noir de fumee, sentait bon le romarin brule. Les sieges etaient deux troncons de gros chenes-lieges avec toute leur rugueuse ecorce. Quand Maurin arriva, Pastoure, a son ordinaire, parlait puisqu’il etait seul. Maurin, pour l’entendre, s’arreta un peu, avant de se presenter a la porte. Pastoure disait: –S’il etait un vrai gibier, ce Maurin, on ne lui donnerait pas plus souvent la chasse, mais des chasseurs qui chasseraient un gibier comme le font ces gendarmes (que le tron de Dieu les brule!) ca serait des chasseurs de la ville, des chasseurs de rien, des chasseurs de ma tante, des chasseurs de carton, des phenomenes de chasseurs, de ceux qui ont des costumes de chasseur et toutes les armes nouvelles et toutes les poudres nouvelles et tous les nouveaux systemes de tout, mais qui sont adroits comme mon soulier.

« Et de ce que je viens de dire la je demande pardon a mon soulier, qui, dans l’occasion, ne manquerait pas le derriere qui meriterait que mon soulier l’amire (le vise). Pour ce qui est de dire d’attraper au vol un cheval ou un ane, l’ane des Gonfaronnais, puisque c’est celui-la qui vole, jamais un de ces chasseurs si bien arnisques (harnaches) ne l’attraperait, quand cet ane ou ce boeuf serait gros comme une maison.

« Ils manqueraient, ces chasseurs-la, un boeuf dans un corridor! Dans un corridor, ils le manqueraient, un boeuf! Et pareillement Maurin, les gendarmes le manqueront toujours! Quand ils l’auraient entre les mains, il leur fondrait comme du beurre voir la page ou leur coulerait entre les doigts comme un lapin qui se peigne le poil entre deux touffes de gineste!.

. . « Et maintenant, je crois que mon lapin est cuit, et meme il sent bon, le camarade! « Mais j’en reviens a mon idee: pourquoi le chasse-t-on, cet homme? Pourquoi? Toujours pour du bien qu’il fait! Quand il a dit, pour la Saint-Martin, a tout ce peuple qui se regalait de la misere d’un miserable, qu’ils etaient des sauvages, n’avait-il pas raison? Foi de Pastoure, raison il avait! « Quand il a dit aux Gonfaronnais: « Vous me regardez comme si vous voyiez voler un ane », pourquoi se fachaient-ils, ces gens, puisque le role de l’ane c’est pour lui-meme qu’il le prenait, et puisque il les traitait eux, consequemment, comme des chretiens? « Et quoi encore? « Quand il a pris les chevaux des gendarmes pour faire leur service et arreter des voleurs au nom de la loi, il avait encore raison, raison mille et un coups, raison, je vous dis. Et je me ferais piler pour le dire. Alors? alors, je vous le dis comme je le calcule: il y a quelque chose de mal arrange dans les affaires du monde, et le pauvre bougre a toujours tort. « Faites du bien au peuple, on vous fait la chamade.

Dites-lui la verite, on vous fait la chamade.

Sainte Vierge, je ris, ca me fait beaucoup rire. Coions nous sommes, coions nous resterons. Il leur faudrait un de ces Napoleon qui leur mettrait le pointu de la baionnette a l’endroit par ou ils gonflent leur ane! « O misere de moi! « Et qu’est-ce qui corrigera un Maurin d’etre ce qu’il est et de s’occuper des affaires du peuple? Rien ni personne! Et voila la raison pourquoi je ne dirai rien, je ne le parlerai qu’a moi, je me le confesserai tout seul a moi-meme, mais a lui ni a d’autres jamais je ne le dirai! « Ils me galegent, des fois, parce qu’ils me voient, de loin, quand je suis seul, faire aller, qu’ils disent, les bras comme un telegraphe.

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