Sur l’orbe de son oeil leve une nacrure luit, humide, puis se voile des cils baisses

Et cette luisance le penetre, se darde par ses entrailles qui fremissent. Il la veut. Sans doute elle n’osera se livrer; mais ce geste du regard est certainement un aveu d’amour.

Ou non, peut-etre.

Aux sourires des gens semblent bizarres son costume de sportsman, ses bottines pointues et ses culottes collantes; a elle aussi pourquoi ne paraitrait-il point ridicule.

Une simple curiosite peut-etre incita la moqueuse a l’examiner. Et tout ici desir se dissipe en lui. Il se resout a rentrer.

Intimement un spleen l’abat. Le possede depuis quelque temps un besoin de femme, pas un besoin charnel, mais une envie de froler des jupes, de laisser, en une infiniment douce caresse, ses levres effleurer l’odorant duveteux d’un epiderme de blonde, de sentir sous ses doigts l’incurve et plastique roideur du corset, a travers la soie. Le manque de cette satisfaction le rend veule, presque malade. Davantage l’obsede son scepticisme. Il s’echafaude en la cervelle des plaidoiries egalement probantes pour des principes contradictoires.

Des degouts lui affluent. Il prevoit tout a l’heure, chez Sylvain, devant l’absinthe, ses camarades nantis de raisonnements pareils. On deversera sans treve de pessimistes radotages. Et puis il regagnera son logis en discutant le suicide; ou bien, dans quelque boudoir public, il ira s’anuiter et accroitre, par le contact de chairs urbaines, la regrettance du reve feminin qu’il veut oublier. Rien autre en but. Lassitude d’etre.

Au reste, pourquoi ne point tenter cette aventure,–distrayante, qui sait? S’arreterait-il a la crainte d’echouer? Non. L’insucces dans ce genre de tentative indique seulement une erreur sur la minute propice, une inaptitude a graduer ses paroles selon l’inintelligence de la femme. Aurait-il honte de ne pas reussir la ou triomphe la betise supreme des lieutenants et des coiffeurs?. . .

Le depit s’en offrirait bizarre a etudier sur soi. Et Paul Doriaste repasse devant elle. Un autre regard le trouble encore. Une bestiale envie d’etreindre le surexcite. . . Il se decide.

La paleur lui resserre la peau, son coeur bat; mais comme il s’estime brave de l’effort qui l’amene pres elle! Il s’assied; et, bien qu’elle feigne une complete indifference, il espere. Elle demeure toujours immobile, comme malicieuse dans sa pose enigmatique. Elle pense,–devine-t-il: S’il se montre impertinent je le remettrai a sa place; et s’il n’ose pas c’est un sot.

Ce le tracasse fort de comprendre cette pensee.

Il remarque les dessins de la broderie qu’elle acheve: une fleur, une etoile, une rosace dans un cercle, et puis une fleur, une etoile. . . ; ca recommence ainsi indefiniment. Un bout de jupon frais qui depasse la robe laisse evoquer le linge de dessous et le corps. Oh! si ce teint se retrouve sur la poitrine autour des pointes roses, et entrevu par les vides de la guipure!. . .

Et l’odeur chaude qui emanera, nourrissante presque. Son minuscule soulier vernis tout plat semble ne rien contenir jusque la bouffette de rubans qui lace.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *