Subitement, l’officier sourit et il lance cette exclamation meprisante: –en voila un imbecile! mais je n’y

Que voulez-vous? Tant pis! Il leve en l’air ses bras galonnes, nie que puissent etre utiles ses bonnes intentions.

Il appelle le fautif. Aux questions de ses superieurs, Prescieux repond a peine. Son malheur l’ahurit. Tout lui semble egal maintenant, rien ne le pouvant plus secourir. Sans tenter une excuse il s’embarrasse en des explications sinceres. Et il se derobe aux regards apitoyes, aux interrogations bienveillantes, car il calcule qu’y repondre serait un surcroit de penibles efforts sans but. Obstinement il fixe les yeux sur les officiers en joie. A remarquer leur atroce indifference une rage vindicative le mord.

Ce lui est un soulagement lorsqu’il entend conclure: –Alors, qu’il aille se mettre en tenue et puis vous le conduirez en prison: j’en suis fache pour lui. Gustave repasse devant la patisserie. Comme il regrette les heures ou il embrassait les paupieres de sa cousine pleurant apres les gronderies, et dont les fines narines fremissaient. Il la revit plus jeune encore, blotti dans la molle poitrine de sa mere, ou, mordant des tartines de confiture. Et leur gout odorant revient a son palais; il eprouve l’instinct de s’en vouloir repaitre. Par intervalle, il hoche un acquiescement aux consolantes recommandations de son camarade, mais il reste tout a fait inattentif aux descriptions de cellules, aux moyens de frauder la consigne que le sergent confie en les ponctuant de restrictions prudentes: « Surtout ne dis pas que c’est moi qui te l’ai dit.  » Son existence d’antan denuee de desirs irrealisables comme de chagrins reels il la voudrait encore passer. Et depuis, de successifs deboires. Son arrivee au regiment, une joie: enfin, se presentait la noce tant desiree, tant revee alors que la lui defendait son pere. Et la noce n’avait valu que fatigues, embetements, punitions, maladies, fastidieuses elaborations de carottes pour avoir de l’argent. Hormis cela on l’excede de manoeuvres; ses camarades plus forts lui empruntent et le depouillent; ses camarades riches le denigrent et le bernent; les chefs le brutalisent, les fillasses le ruinent, l’infectent et le blasent. Aujourd’hui, il va encore subir d’inedites rigueurs, de plus nombreuses injures.

Elles resonneront bientot a ses oreilles, les voix mechantes des sous-officiers enrouees par les habituelles souleries.

A sa vue, des le seuil de la caserne, on se gausse: « Mince de chic! Ou diable a-t-il ete pecher l’autorisation de se balader en pekin dans la cour du quartier? » –Ah! foutez-moi la paix, nom de Dieu! hurle Prescieux empoigne d’une fureur subite.

Berdot parle au chef de poste; celui-ci grogne un commandement.

Quatre hommes se levent site de l’entreprise du banc ou ils somnolaient; ils abaissent les jugulaires de leurs schakos et se trainent jusqu’aux fusils. Gustave apprehende la torture qui va commencer sans revolte possible: oser une protection de soi paraitrait grotesque. Quels etres! Berdot sait bien cependant a quelle peccadille se reduit le crime; mais l’arrestation de Prescieux vaudra d’influentes apostilles a cet individu sur la liste d’avancement.

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