Soldat, j’y serais tout de suite; general, je dois attendre

Belle-Rose partit comme un trait.

Dix cuirassiers du regiment de M. de Revel, dix volontaires des gardes du corps et trois ou quatre officiers de la suite du prince le suivirent. On ne savait pas encore ce qu’il pretendait faire, mais on le prevoyait deja. Derriere lui venaient ensemble Cornelius, la Deroute et Grippard. Comme on touchait au rivage, on rencontra une troupe de gentilshommes, parmi lesquels etait M.

de Pomereux. Le jeune officier avait revetu son uniforme le plus beau, esperant bien qu’on se battrait un peu. Il etait tout couvert d’aiguillettes et de rubans. –Ou courez-vous donc? s’ecria le comte. –La-bas! repondit Belle-Rose en lui montrant la tour de Tolhus du bout de son epee. –Voulez-vous passer le Rhin? –Sans doute. –A cheval? –Parbleu! –Mais c’est impossible! s’ecrierent deux ou trois gentilshommes. –Venez d’abord, et vous verrez. –Au fait, si c’etait facile, ce ne serait pas la peine d’essayer! s’ecria le comte.

–Allons! dirent les autres en degainant. M.

de Pomereux avait deja pousse son cheval aupres de Belle-Rose. La petite troupe se jeta dans l’eau. Il y avait la M. de Maurevert, le comte de le site Saulx, le marquis de Thermes, le duc de Coislin, le prince de Marcillac, et plusieurs autres de la premiere noblesse du royaume. On apercevait sur la rive opposee trois escadrons de Hollandais ranges en bataille; dans la tour de Tolhus, les canonniers etaient a leurs pieces, la meche allumee. A peine eut-on fait dix pas dans le fleuve, que la Deroute se frappa le front.

–Bon! s’ecria-t-il, c’est un gue! Il avait compris la parabole. –Eh bien! lui dit Belle-Rose, crois-tu que l’evangile ait raison? La troupe, qui se composait d’une quarantaine de personnes, avancait en riant aux eclats. –Au moins, si nous mourons, mourrons-nous gaiement, dit M.

de Pomereux. Les cuirassiers, plus pesamment armes, restaient un peu en arriere; les volontaires, ardents et bien montes, marchaient les premiers. Tantot on avancait a gue ayant de l’eau jusqu’aux sangles; tantot on nageait ayant de l’eau jusqu’a la ceinture. Les escadrons de M. de Revel se rangeaient sur le rivage, prets a partir au premier signal. –Voila un soldat determine! dit le prince de Conde. Voyez, il est en tete. –Oh! il arrivera! il arrivera! repetait M. de Luxembourg, a qui il tardait de pouvoir se lancer dans le Rhin. Vers le milieu du fleuve, un cuirassier perdit pied tout a coup et disparut emporte par le flot; un peu apres, ce fut le tour d’un garde du corps.

Dix pas plus loin, le cheval d’un volontaire s’abattit sur M.

de Pomereux, qui chancela; mais, d’une saccade violente, le comte redressa son cheval, qui, frappe d’un coup d’eperon, pirouetta sur ses jarrets et sauta par-dessus la croupe de son voisin; le volontaire et son cheval roulerent dans l’eau, le fleuve passa sur leur tete et on ne les vit plus. –En avant! cria le comte. –En avant! repeterent les gentilshommes, l’epee haute. –Eh! dit Grippard, je crois que nous sommes un contre vingt, et ils ont la position pour eux.

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