–soit, mon pere, repondit-elle en hochant la tete d’un air boudeur; mais, s’ecria-t-elle tout d’un coup,

–En effet, repondit le vieillard; que signifie cela? Il baissa la glace et pencha la tete au dehors, mais il ne vit rien, la berline s’engageait en ce moment dans le defile des Cumbres, et la route faisait des coudes si nombreux, que la vue ne pouvait s’etendre a plus de vingt-cinq ou trente pas en avant ou en arriere. Le vieillard appela alors un des domestiques qui suivaient immediatement la voiture. –Qu’y a-t-il donc, SAnchez? demanda le voyageur; il me semble que nous ne marchons plus aussi vite. –C’est la verite, senor amo, repondit SAnchez; depuis que nous avons quitte la plaine nous n’avancons plus aussi rapidement, sans que j’en connaisse la cause; les soldats de notre escorte paraissent inquiets, ils causent entre eux a voix basse en regardant incessamment autour d’eux; il est evident qu’ils redoutent quelque danger. –Les salteadores ou les guerilleros qui infestent les routes songeraient-ils a nous attaquer? dit le vieillard avec une inquietude mal deguisee; informez-vous donc, SAnchez. Hum! L’endroit serait bien choisi pour une surprise, cependant notre escorte est nombreuse et, a moins qu’elle ne soit de connivence avec les bandits, je doute que ceux-ci se hasardent a nous barrer le passage. Voyez, SAnchez, interrogez adroitement les soldats et venez me rapporter ce que vous aurez appris. Le domestique salua, retint la bride et laissa la voiture le depasser, puis il se mit en devoir de s’acquitter de la commission dont son maitre l’avait charge. Mais SAnchez rejoignit presqu’aussitot la berline; ses traits etaient bouleverses, sa voix haletante sifflait entre ses dents serrees par la terreur, une paleur cadavereuse couvrait son visage. –Nous sommes perdus, senor amo, murmura-t-il en se penchant a la portiere. –Perdus! s’ecria le vieillard avec un tressaillement nerveux et en lancant a sa fille muette d’epouvante un regard charge de tout ce que l’amour paternel a de plus passionne, perdus! Vous etes fou, SAnchez; expliquez-vous, au nom du ciel. –C’est inutile, mi amo, repondit le pauvre diable en balbutiant.

Voici le senor don Jesus Dominguez, le chef de l’escorte, qui vient de ce cote; sans doute il veut vous faire part de ce qui se passe. –Qu’il arrive donc! Mieux vaut, sur mon ame, une certitude, si terrible qu’elle soit, qu’une anxiete pareille. La voiture s’etait arretee sur une espece de plateforme d’une centaine de metres carres de largeur; le vieillard jeta un coup d’oeil au dehors; l’escorte entourait toujours la berline, seulement elle paraissait etre doublee: au lieu de vingt cavaliers il y en avait quarante. Le voyageur comprit qu’il etait tombe dans un guet-apens, que toute resistance serait folle et qu’il ne lui restait plus d’autre chance de salut que la soumission; cependant comme, malgre son age, il etait vert encore, doue d’un caractere ferme et d’une ame energique il ne s’avoua pas vaincu ainsi au premier choc, et resolut d’essayer de tirer le meilleur parti possible de sa facheuse position.

Apres avoir tendrement embrasse sa fille; lui avoir recommande de demeurer immobile et de n’intervenir en rien dans ce le site qui allait se passer, au lieu de demeurer dans la berline, il ouvrit la portiere et sauta assez lestement sur la route, un revolver de chaque main.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *