S’il n’avait pas encore accompli ces grandes choses et gagne ces furieuses batailles qui devaient porter

Il avait tout ensemble l’estime des chefs et la confiance du soldat. A mesure qu’il avancait dans la direction de Marchienne, la vue des lieux rappelait a Belle-Rose l’un des episodes les plus terribles de sa vie, si souvent agitee.

Il vit du haut d’un monticule le petit pavillon ou Genevieve lui avait fait de si tristes adieux; et, sur un pli du rivage que baignait la Sambre, l’endroit lugubre ou M. de Villebrais avait pousse vers le ciel ses trois cris d’agonie. Le vieux saule etait toujours la, trempant sa tete echevelee dans l’eau. Quand Belle-Rose atteignit Marchienne-le-Pont, il trouva la residence de M. de Luxembourg entouree d’officiers et d’aides de camp.

Le jour venait de naitre, et ses premiers rayons avaient reveille la grande ruche ou bourdonnaient vingt mille soldats. Des chevaux tout selles piaffaient autour des piquets. M. de Luxembourg expediait des depeches. Il fallait avoir un ordre pour arriver jusqu’a lui. Belle-Rose mit pied a terre; la Deroute n’avait pas assez de tous ses yeux pour regarder les parcs d’artillerie, les tentes, les faisceaux d’armes; mille exclamations folles partaient de ses levres. Il venait de reconnaitre trois ou quatre sous-officiers qui avaient servi dans le regiment de La Ferte, et trepignait d’impatience. Au moment ou, n’y tenant plus, il allait frapper sur l’epaule de l’un d’eux, un officier, suivi d’une ordonnance, arriva au galop au milieu des groupes qui entouraient la demeure du general. Son visage etait joyeux et anime. –Mon frere! s’ecria Belle-Rose. –Le colonel! s’ecria la Deroute, qui etait reste immobile, la main levee et le pied en avant. A ce double cri, M. de Nancrais, car c’etait lui, se retourna, et du meme coup d’oeil il reconnut le sergent et le capitaine. –Belle-Rose! s’ecria-t-il a son tour. Et sautant de cheval, il se jeta dans les bras de Belle-Rose, qui, de ceux du colonel, passa dans ceux de Pierre. –Enfin! dit M. de Nancrais, ils ont donc ouvert les griffes! –C’est-a-dire que j’en suis sorti. –Eh bien, morbleu! tu n’y rentreras pas. L’armee est un lieu d’asile. –C’est un paradis! murmura la Deroute.

M.

de Nancrais sourit en regardant le sergent. –Quant a toi, reprit-il, si l’on vient te chercher, tu as une hallebarde pour paris te defendre. M. de Nancrais entraina Belle-Rose et passa dans l’appartement de M. de Luxembourg. Au nom du colonel, le general se tourna brusquement vers la porte. –Avez-vous l’ordre? s’ecria-t-il. –Je l’ai, repondit M. de Nancrais en tirant une depeche de son habit; vous aurez bientot, monsieur le duc, ajouta-t-il, vingt occasions de signaler votre courage contre les ennemis du roi et du royaume; une autre se presente maintenant de signaler votre generosite. Voici un officier qui reclame votre protection. –Le capitaine Belle-Rose! s’ecria le duc.

Et spontanement il courut embrasser le jeune homme. –Vous avez cherche mon appui, et mon appui ne vous faillira pas, dit-il; aussi bien comme je suis la cause du mal, c’est a moi de le reparer.

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