Si miramon avait voulu a cette heure supreme faire un appel a la population, elle se

La pensee ne lui en vint meme pas: il etait degoute du pouvoir, n’aspirait qu’a en descendre et a rentrer dans la vie privee. Son premier soin, a peine arrive a Mexico, avait ete de reunir le corps diplomatique etranger et de prier ses membres de s’interposer afin de sauver la ville, en faisant cesser un etat de guerre qui n’avait plus de raison d’etre du moment ou Mexico etait disposee a ouvrir sans combat ses portes aux troupes federales. Une deputation, composee du ministre de France, de celui d’Espagne, du general BerriozAbal le prisonnier de Toluca et du general AyestarAn, ami particulier de Miramon, se rendit aussitot aupres du general Ortega afin d’obtenir une honorable capitulation. Don Antonio Cacerbar avait essaye de se joindre a la deputation; il avait appris la fin deplorable de son ami don Melchior; un sombre pressentiment l’avertissait qu’un sort semblable le menacait; mais les portes de la ville etaient gardees avec soin, nul ne pouvait sortir sans un laissez-passer vise par le commandant de place: force fut a don Antonio de demeurer a Mexico. Une lettre qu’il recut lui rendit un peu d’espoir, en lui laissant entrevoir une conclusion, plus prochaine qu’il ne le croyait, des projets dont depuis longtemps il poursuivait l’execution. Cependant, comme don Antonio Cacerbar etait un homme fort prudent, que les sombres machinations auxquelles il avait voue sa tenebreuse existence, l’avaient habitue a se mettre constamment sur ses gardes tout en restant chez lui, ainsi qu’on l’y invitait dans la lettre qu’il avait recue, il avait convoque une douzaine de coupe-jarrets emerites, et les avait caches derriere des tapisseries afin d’etre pret a tout evenement. C’etait le jour meme du retour de Miramon a Mexico. Il etait environ neuf heures du soir. Don Antonio retire dans sa chambre a coucher lisait, ou plutot essayait de lire, car sa conscience bourrelee ne lui laissait pas la drive master tranquillite d’esprit necessaire pour prendre cette innocente distraction, lorsqu’il entendit parler assez haut dans son antichambre; il se leva aussitot, et se preparait a ouvrir la porte, afin de s’informer de la cause du bruit qu’il avait entendu, lorsque cette porte s’ouvrit et son domestique de confiance parut, servant d’introducteur a plusieurs personnes. Ces personnes etaient au nombre de neuf: six hommes masques et enveloppes dans des zarapes, et trois dames. En les apercevant, don Antonio eprouva un tressaillement nerveux, mais se remettant aussitot, il se tint debout devant sa table, attendant selon toute probabilite qu’un des inconnus se decidat a parler. Ce fut en effet ce qui arriva. –Senor don Antonio, dit l’un d’eux en faisant un pas en avant, je vous livre dona Maria duchesse de Tobar, votre belle-soeur, dona Carmen de Tobar, votre niece, et dona Dolores de la Cruz! A ces paroles prononcees avec un accent de sanglante ironie, don Antonio fit un pas en arriere, et son visage se couvrit d’une paleur cadavereuse. –Je ne vous comprends pas, dit-il, d’une voix qu’il essayait vainement de rendre ferme mais qui tremblait.

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