Si le sapeur la deroute a mis huit ans a devenir caporal, combien le sapeur belle-rose

Ai-je devine? –Parfaitement. –Ici la regle ici de trois a tort. Vous ne mettrez peut-etre que six mois a monter au grade de sergent. Quant a moi, je mourrai caporal. Cela tient a une circonstance particuliere.

J’ai ete piqueur; or, un de nos jeunes officiers, M. de Villebrais, qui m’avait vu sous la livree, m’a reconnu.

On ne fait pas un officier d’un piqueur. Si, grace a la protection de M. de Nancrais, j’arrive a la hallebarde, j’y resterai. La Deroute fit cet aveu d’un air simple et resigne qui toucha Belle-Rose. Le soldat prit la main du caporal et la lui serra; puis tous deux arriverent a la caserne. La chambree ou Belle-Rose fut incorpore se composait de huit hommes, tous soumis a une severe discipline. On donna au nouveau venu un habit d’uniforme, un fusil, un sabre, un poignard et une paire de pistolets, et Belle-Rose, bien equipe, monta sa premiere garde. Le lendemain, on lui apprit le maniement des armes.

Au bout d’un quart d’heure, le caporal s’apercut que sous ce rapport-la la recrue donnerait des lecons a l’instructeur. Le surlendemain, on le mit aux premiers elements du calcul. Belle-Rose sauta par-dessus les quatre regles et arriva tout d’un coup dans des regions ou chaque chiffre etait une lettre. Il repondait aux problemes par des equations. Le jour suivant, le caporal lui mit un crayon entre les doigts. Tandis qu’il lui enseignait les principes du dessin lineaire, s’evertuant a lui demontrer la difference qui separe un parallelogramme d’un trapeze, Belle-Rose barbouillait un bout de papier sur le coin de la table. Quand la demonstration fut terminee, le barbouillage etait fini, et le caporal rit de bon coeur en reconnaissant les meches de ses cheveux plats colles sur ses tempes, avec son nez retrousse entre deux yeux fendus a la chinoise. –Ah ca! vous etes fils de prince! s’ecria le caporal en jetant son crayon. –J’ai toujours tenu ma pauvre mere pour une tres honnete femme, et mon pere etait fauconnier. Le pauvre la Deroute avait etudie sous le sergent instructeur, et un peu au hasard, comme il avait pu; mais la Deroute ne savait que tout juste ce qu’il fallait pour etre caporal de sapeurs. Quand la Deroute etait embarrasse, il commencait par reflechir; mais quand l’embarras etait extreme, il finissait par se rendre chez son capitaine. Dans cette circonstance, il se rendit tout droit chez M. de Nancrais, sautant par-dessus la reflexion. Le cas etait grave. –Capitaine, vous avez mis un ingenieur dans la chambree, lui dit-il; vous m’aviez charge d’instruire Belle-Rose, et c’est Belle-Rose qui instruit son caporal. Que faut-il faire? –Envoyez-moi Belle-Rose. Apres un court entretien, M. de Nancrais engagea le protege de son frere a continuer ses etudes en mathematiques, et a y joindre l’etude des langues.

–Nous sommes tous plus ou moins ingenieurs et canonniers, lui dit-il; quand tu sauras bien la trigonometrie et l’espagnol, tu ne seras pas loin de l’epaulette.

Tu commenceras les lecons demain. Quatre ou cinq jours apres, Belle-Rose recut une lettre de M.

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