Si le gendarme martello alessandri n’avait pas ete, lui aussi, comme le garde orsini antonio, tout

le prefet, Adolphe Desorty, fort aimable homme, administrateur attentif, politique de quelque sens, et grand chasseur devant l’eternel. M. Desorty etait tout jeune encore. Naguere l’un des premiers sous-prefets de France, a trente ans, il etait prefet du Var depuis deux mois. M. Desorty savait deja que Maurin des Maures etait un homme a menager. Il n’ignorait pas que Maurin avait la plus grande influence sur les elections, tant municipales que nationales, dans tout le departement, et il avait decide de s’attacher le coureur des bois, dans la mesure du possible. Et voici comment il avait ete renseigne sur Maurin, peu de jours avant que le sous-prefet de Toulon lui annoncat le conflit survenu entre le braconnier et les gendarmes.

Un de ses nouveaux amis, membre de l’Academie de Draguignan, M. Ripert, venait de lui vanter l’ordre excellent des archives departementales et il l’entretenait d’un document nouveau qu’on avait decouvert touchant la chartreuse de la Verne, beau monastere en ruines qui date du XIIe siecle et le site qui est la gloire de la region des Maures. Le prefet l’interrompit.

–Est-ce que vraiment, monsieur Ripert, ces Maures dont on me rebat les oreilles sont un pays aussi beau qu’on le pretend? M. Ripert repondit couramment: –Un pays merveilleux, monsieur le prefet, un groupe de montagnes qui, selon l’expression de M. elisee Reclus, servit de boulevard aux Maures pendant le cours des IXe et Xe siecles et qui forme a lui seul « un systeme orographique parfaitement limite ». Le massif des Maures est separe des montagnes environnantes par les vallees de l’Aille, de l’Argens, du Gapeau. Ces vallees sont larges et le massif est isole. C’est comme un ilot montagneux dans la plaine et comme une ile de gneiss et de schistes et de granit au milieu des calcaires. Le chemin de fer de Marseille a Nice contourne le massif au nord. Une route le traverse dans toute sa longueur qui n’a pas moins de quinze lieues. Voici d’ailleurs, monsieur le prefet, le texte meme de M. elisee Reclus. . . Il dit: –Vous l’avez sur vous? –Je l’ai cite dans un petit guide a l’usage des etrangers, que je me permettrai de vous offrir. Et, tirant un petit volume de sa poche, M. Ripert lut les lignes suivantes: « –Ces montagnes, dignes au plus haut degre de l’interet du savant par la constitution geologique de leurs roches et le nombre de leurs plantes rares, devraient etre egalement visitees par les simples touristes amoureux de la nature. Aussi bien que les Alpes et les Pyrenees, le systeme des Maures, qui couvre seulement une superficie de huit cents kilometres carres, et dont la hauteur moyenne ne depasse pas quatre cents metres, a sa chaine principale et ses chainons lateraux, ses vallons et ses gorges, ses torrents et ses rivieres; il a meme son bassin fluvial completement ferme, offrant en miniature tous les phenomenes que presentent les vallees des grands fleuves.  » –Tres bien! dit le prefet, mais vos renseignements personnels?.

. . Y a-t-il du gibier dans vos montagnes? Et d’abord vous-meme, chassez-vous? L’academicien sourit du meme sourire qu’aurait eu a cette question l’eveque Myriel de Digne, lequel se donna une entorse, comme on sait, pour ne pas ecraser une fourmi.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *