–si frele de corps et si forte d’ame! murmura-t-il

Claudine passa ses bras autour du cou de son frere et l’entraina. –Viens, lui dit-elle, viens. Comme ils venaient de franchir la petite porte du jardin, un officier superieur se presenta devant eux. C’etait un homme deja vieux, mais qui le paraissait encore davantage a cause de sa taille un peu voutee et de la difficulte qu’il eprouvait a marcher. –Bonjour, mon enfant, dit-il a Claudine d’un air doux, et il salua les deux jeunes gens.

Mais en passant devant Belle-Rose, il le regarda avec une expression si singuliere, que celui-ci ne put s’empecher de baisser les yeux; il lui semblait que ce regard a la fois triste et doux fouillait dans son coeur et en eclairait les plus secretes pensees. Apres un court instant donne a cette muette observation, le vieil officier entra dans le jardin. Il venait de disparaitre derriere les arbres, que Belle-Rose voyait encore son visage, ou s’alliaient si bien la souffrance du corps et la serenite de l’esprit. Belle-Rose se tourna vers Claudine comme pour l’interroger. –C’est M. d’Albergotti, dit-elle. Et aussitot elle ajouta pour dissiper une triste preoccupation: –Une grande joie t’est reservee, mon frere; cette joie, tu vas la gouter. –Qu’est-ce? fit Belle-Rose, dont la pensee etait ailleurs. –Oui, mon ami, tu vas revoir l’honnete et vieux fauconnier que j’ai conduit de Saint-Omer au camp, dit Cornelius.

Belle-Rose embrassa Cornelius. –Le vieux Grinedal et Pierre! reprit-il, mais ou sont-ils donc? –Au quartier de l’artillerie.

Belle-Rose prit en courant de ce cote-la, suivi de loin par Claudine et Cornelius. Le fauconnier et son jeune fils etaient tout fiers d’avoir un officier dans leur famille. Ils l’attendaient depuis le matin, et du plus loin qu’ils le virent, chacun d’eux lui tendit les bras. –Je t’amene une recrue, dit le vieux Grinedal a Jacques, apres l’effusion des premiers embrassements.

–Pierre, j’imagine, dit Jacques en souriant a son frere. –Lui-meme; il veut a son tour devenir officier du roi. –Eh bien! dit Belle-Rose, qu’il prenne un mousquet: le mousquet conduit a l’epee. M. de Nancrais, toujours prevenant dans sa rudesse, avait charge la Deroute de dire a son lieutenant qu’il pouvait s’absenter du quartier jusqu’a la nuit. –La discipline et la famille ne vont pas bien ensemble, avait-il dit; qu’il soit aujourd’hui tout a l’une pour etre demain tout a l’autre. Tandis que Belle-Rose, en compagnie de son pere, de Cornelius, de Claudine et de Pierre, allait chercher un peu de silence et de repos dans quelque village voisin, le Lorrain rodait dans le camp. L’entreprise n’etait point aussi aisee qu’il l’avait cru d’abord. L’arrivee de Louis XIV avait excite dans le camp un tel tumulte et un tel mouvement, que le Lorrain n’avait pas pu trouver l’occasion de s’approcher de Belle-Rose. D’un autre cote, Conrad avait, tout en explorant les lieux, reconnu un sergent du regiment de Rambure, dans la compagnie duquel il avait servi. La decouverte du Lorrain entrainait sa pendaison. Il commenca donc par battre en retraite, mais il n’etait pas homme a renoncer pour un si mince danger a la mission paris click que M.

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