–si bien que j’ai perdu le regiment apres avoir perdu la mission? –helas! oui; j’etais fort

–Ah! il y a un dernier coup? –Un horrible coup! Apres vous avoir depouille, ces gens-la ont pretendu qu’il etait urgent de vous arreter. Ce sont des personnes meticuleuses qui ne croient pas aux epees cassees et aux engagements d’honneur. –L’incredulite est un vice parisien, monseigneur. –Vous comprenez que j’ai dit leur fait a tous ces gens-la; malheureusement on est revenu a la charge, et afin qu’on ne s’imaginat point que ma parente me rendait injuste. . .

–Vous avez cede? –Tout juste, mon cousin. –Et voila que je vais etre arrete! –C’est a la Bastille qu’on vous enverra, et je vous y donnerai tout loisir de mediter votre defense pour confondre les calomniateurs. –C’est un projet qui me seduit; il est seulement facheux que je ne puisse pas l’executer, repondit M.

de Pomereux d’un air tout afflige.

–Et pourquoi donc, s’il vous plait? –Parce que je n’irai pas a la Bastille. –Vous n’irez pas a la Bastille! s’ecria le ministre en se levant.

–Mon Dieu, non! –Voila qui est plaisant! –Point, c’est fort serieux.

–Et si je vous l’ordonne? –Alors je suis sur que monseigneur le prince de Conde me le defendra.

–Le prince de Conde! repeta M. de Louvois tout abasourdi. –Lui-meme! –Et qu’a-t-il a voir dans cette affaire? –Parbleu! ne suis-je pas un officier de sa maison? –Vous! –Sans doute?. .

. Mais, au fait, vous ne savez pas la moitie de ce qui s’est passe! Au recit de M. de Charny il manque un denoument.

.

.

C’est toute une histoire, monseigneur! Le sang-froid de M. de Pomereux etourdissait M. de Louvois; il avala un grand verre d’eau et faillit briser le gobelet en le remettant sur la table.

–Voulez-vous que je vous la conte? reprit le jeune gentilhomme. –Contez, mais depechez-vous, repondit M. de Louvois qui frappait le parquet a coup de talon. –Oh! ce ne sera pas long! Figurez-vous donc qu’apres avoir quitte M. de Charny a Pontoise, je suis alle trouver a Chantilly monseigneur le prince de Conde, qui a toujours ete plein de bonte pour ma famille; nous en avons mille preuves que je pourrais citer.

–Passons la-dessus. –Soit, ce recit blesserait ma modestie. Je lui ai exprime le desir que j’avais d’entrer dans sa maison; il y avait tout juste une charge de capitaine des chasses vacantes; il me l’a offerte, je l’ai acceptee, et je suis entre en fonctions hier matin. M. de Louvois se promenait par la chambre, l’oeil en feu et le sourcil fronce. –J’ai meme force un cerf dix-cors pour mes debuts, et ce matin, continua tranquillement M.

de Pomereux, monseigneur le prince de voir la page Conde m’a expedie a Paris pour terminer certaines affaires qui le concernent particulierement.

Vous comprenez bien que si j’accepte votre offre d’aller a la Bastille, dans le but de me justifier, les affaires du prince en souffriront. Or, mes interets doivent passer, je crois, apres les siens. Le prince de Conde est prince du sang, monseigneur. M. de Louvois allait et venait par la chambre comme une bete fauve; la colere s’amassait dans son sein.

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