Ses compagnons sauterent sur le sol et se mirent en devoir de desseller les chevaux

–Attendez, reprit-il. Loick, tu vas aller a ton rancho ou se trouve en ce moment le comte de la Saulay et ses domestiques, tu les rameneras ici; toi Lopez, tu iras aux provisions. –Nous attendrons donc tous les deux sous cette enramada? demanda Dominique. –Non, car je vais me rendre a Puebla. –Ne craignez-vous pas d’etre reconnu? L’aventurier sourit. Don Jaime et le vaquero demeurerent seuls.

Ils entrainerent leurs chevaux et leur retirerent la bride pour qu’ils pussent brouter l’herbe tendre de la voir la page clairiere.

–Suivez-moi, dit don Jaime. Dominique obeit. Ils entrerent sous l’enramada. On nomme enramada au Mexique une espece de chaumiere informe construite tant bien que mal avec des branches d’arbres entrelacees et recouverte avec d’autres branches et des feuilles; ces masures, d’une fort pietre apparence, offrent cependant un abri tres suffisant contre la pluie et le soleil. Cette enramada, mieux construite que les autres, etait divisee en deux compartiments, par une claie de branches entrelacees qui montait jusqu’au toit et separait la hutte en deux parties egales dans sa largeur. Don Jaime ne s’arreta pas au premier compartiment et passa immediatement dans le second, toujours suivi par Dominique qui depuis quelques instants semblait etre plonge dans des serieuses reflexions. L’aventurier derangea un amas d’herbes et de feuilles seches et prenant sa machette il se mit en devoir de creuser la terre. Dominique le regardait avec etonnement. –Que faites-vous donc? lui demanda-t-il. –Vous le voyez, je degage l’entree d’un souterrain; aidez-moi, repondit-il.

Tous deux se mirent a l’oeuvre. Bientot apparut une large pierre plate au centre de laquelle un anneau etait scelle. Lorsque la pierre eut ete enlevee, apparurent des marches grossierement taillees dans le roc. –Descendons, dit l’aventurier. Au moyen d’une allumette chimique l’aventurier avait allume une lampe.

Dominique jeta un regard curieux autour de lui: l’endroit ou il se trouvait, situe a sept ou huit metres au-dessous du sol, formait une espece de salle octogone d’assez grande dimension; quatre galeries qui semblaient se prolonger sous terre y venaient aboutir de plusieurs points differents. Cette salle etait amplement fournie d’armes de toutes sortes; on y voyait des harnais, des hardes, un lit fait avec des feuilles et des fourrures, jusqu’a des livres ranges sur une tablette suspendue aux parois. –Vous voyez un de mes repaires, dit en souriant l’aventurier, j’en possede plusieurs comme celui-ci eparpilles sur tout le territoire mexicain. Ce souterrain date du temps des Azteques, son existence n’a ete revelee il y a plusieurs annees deja par un vieil Indien; vous savez que la province ou nous sommes etait anciennement le territoire sacre de la religion mexicaine, les temples y pullulaient; les souterrains en grand nombre servaient aux pretres pour se rendre d’un lieu a un autre sans etre decouverte et donner ainsi plus de force aux miracles d’ubiquite qu’ils pretendaient accomplir; plus tard, ils servirent de refuge aux Indiens persecutes par les conquerants espagnols; celui ou nous sommes qui aboutit d’un cote a la pyramide de Gholula et de l’autre au centre meme de Puebla sans compter d’autres issues a ete a plusieurs reprises fort utile aux insurges mexicains pendant la guerre de l’independance; aujourd’hui, son existence est ignoree, ce secret n’est connu que de moi et de vous maintenant.

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