Sans doute, il exhalait, avec l’odeur de l’oignon, le regret de n’avoir pas ete choisi par

« –Et les vingt francs, monsieur,–vous me croirez si vous voulez.

.

.

eh bien. . .

il me les donna! trois jours apres! » « On sentait que ce trait d’honnetete de Latrinque etonnait encore Magaud. « Il remit lentement les debris de son pauvre repas dans le carnier qu’il suspendit a l’arbre, but une gorgee encore, posa, dans un creux du vieux tronc d’olivier, bien a l’ombre, sa bouteille presque vide et reprit sa pioche. « Il revint au champ qu’il recavait, planta jusqu’aux chevilles, entre les mottes rougeatres, ses souliers enormes, souleva par-dessus sa tete, d’un mouvement automatique, sa lourde pioche a deux dents, et, s’inclinant tout a coup, il la piqua a toute volee, dans la friche dure, qui brusquement se fendit. « Alors, tout courbe, Magaud saisit par l’extremite le manche de bois horizontal et, au moment de le tirer a lui, de bas en haut, il parla sans se relever: « –Voila pourquoi le fils de Latrinque, que vous venez de voir passer, est si fier sur sa carette. . .

il me dit encore bonzour quelquefois, oui, mais il ne m’aime guere.  » « Et Magaud conclut, avec le ton sourd de la sagesse qui vient des profondeurs: « –Les gens a qui on a fait du bien, c’est toujours comme ca! » « Magaud souleva brusquement le manche horizontal de sa pioche, et la force du levier detacha un gros bloc dentele de cette terre pareille, pour la durete, a de la rocaille.

« Les deux mains sur le bois luisant, Magaud, le dos voute, le front tout courbe vers la terre, parla encore: « –C’est egal, fit-il, il y a des gens heureux tout de meme! Grace a moi, qui ai donne le bon conseil, il a eu pourtant, ce Latrinque, cent mille francs au moins de fortune. . . et _rien a se reprocher!_ » M. Rinal ouvrit sa tabatiere y puisa une pincee de tabac qu’il y laissa retomber, puis il referma la boite et frappa sur le couvercle avec impatience. Maurin secouait la tete. –Eh bien, Maurin, que dites-vous de celle-la? interrogea M. Cabissol. –Je dis, monsieur Cabissol, que lorsque vous nous contez des histoires d’hommes, vous nous rejouissez le coeur, mais si vous vous mettez a nous conter des histoires de cochons, alors ca ne va plus! –Qu’appelez-vous des histoires d’hommes? –J’entends, dit Maurin, des histoires ou, meme quand ils ne sont pas des saints, les hommes ne sont pas pour cela pareils a de sales betes.

–Eh bien, contez-nous en une, de vos histoires d’hommes. –Ce sera, dit Maurin, une histoire de chasse au canard. Je n’ai jamais beaucoup aime la chasse au canard, d’abord parce qu’elle se fait dans la fange des marais et que j’aime mieux, de beaucoup, le terrain sec des collines qui chante sous la semelle et d’ou ici l’on voit tout l’horizon lointain, et souventes fois le grand large de la mer.

. . Et puis, si je n’aime pas la chasse au canard, c’est peut-etre aussi parce que mon grand-pere m’a souvent conte que dans sa petite enfance, au temps des rois, tous les canards de Sollies-Pont, ou il etait ne, avaient pris parti pour la Republique.

–Que nous chantez-vous la! –La pure verite.

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