Sandri interrogea: –vous devez avoir des soupcons sur quelqu’un? –oui, dit grondard

–Et, fit le gendarme aux joues rosees, en frisottant sa moustache, sur quoi les fondez-vous, ces soupcons? Le _machure_ (le noirci) ne comprit pas. –Sandri, ayant souri avec pitie, reprit avec condescendance, en regardant le charbonnier qui semblait, comme toujours, masque de noir: –Quel est le motif, la raison qui fait que vous croyez legitime d’etre autorise a la chose d’avoir des soupcons? –Voila, dit Celestin Grondard. Il montra a Sandri le bouton de cuivre ramasse non loin du lieu ou l’on avait trouve son pere mort. –Qu’est-ce que c’est que ca? dit Sandri. Il lut peniblement la devise ecrite en relief et luisante sur le fond vermicule du petit objet de metal: « _Mon espoir est en pennes. _ » –Il y a, dit-il gravement, une faute d’orthographe.

Il manque un _i_ avant la premiere des deux _n_. Celestin, sous son masque sombre, le contemplait avec l’hebetement du poisson d’aquarium qui, a travers une vitre, regarde un savant pisciculteur. Cet hommage enchanta Sandri. Dans tout Francais qui detient une part d’autorite, si minime soit-elle, il y a–comme le repetait souvent M.

Cabissol–un Napoleon. C’est ce qui rend notre nation inquiete, toujours partagee entre son gout de liberte et son amour de la domination. Elle n’est, au fond, composee que de revolutionnaires qui aspirent a la tyrannie. –Ce que je vous dis n’est pas pour vous, fit le gendarme sur un ton de superiorite ecrasante. L’orthographe ne vous concerne pas, puisque vous etes incompetent. Assez la-dessus. Que signifie cet objet? repondez immediatement! Comment est-il arrive entre vos mains? Grondard expliqua. Il croyait que Maurin portait quelquefois une veste avec des boutons pareils a celui-ci. Et depuis quelque temps, il l’epiait, attendant le jour ou il remettrait cette veste.

Si, en effet, ce bouton appartenait a Maurin, ce serait la preuve que le braconnier s’etait trouve sur l’endroit du meurtre. . . Alors, lui, Celestin Grondard, l’interrogerait; et, en s’y prenant bien, de gre ou de force il l’amenerait a se trahir comme coupable. . . Le gendarme reflechissait. –C’est quelque chose, dit-il, qui pourrait servir a un juge. Les juges sont intelligents, ils sont nommes juges a cause de ca.

Mais vous, Grondard, vous ne tirerez rien de Maurin par le moyen que vous dites! Et puis, ou le prendre, ce diable de coureur qui ne reste jamais en place?. . .

–Ou le prendre? fit Grondard, je le sais bien, moi. –Et ou donc? Grondard expliqua. Il savait que Maurin, depuis quelques jours, Maurin, le coureur de filles, avait une nouvelle aventure. –Connaissez-vous le cantonnier Saulnier? –Celui qui se fait suivre par toutes ces betes sauvages qu’il a apprivoisees? –Oui. –Savez-vous ou est son cabanon? –Oui, pas loin de la route, entre les Campaux et La Molle.

. .

je le trouverai facilement.

–Eh bien! dit Grondard, ce Saulnier, pendant qu’il est a son travail de casseur de pierres, prete son cabanon a Maurin, et Maurin s’y rencontre avec la femme de maitre ce site Secourgeon, le fermier que vous devez connaitre.

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