Robespierre et marat pitoyables, c’est la revolution francaise, l’emancipation du monde rendues impossibles

–Cependant, repliquait M. Cabissol qui partageait, au fond, l’opinion de M. Rinal, mais qui s’amusait a le contredire a seule fin de l’exciter aux repliques,–cependant vous ne pouvez pas voir dans votre assiette une tete de poulet? –Les poulets sont des innocents. Toutes les betes sont innocentes. –Maurin est un chasseur; il tue des betes. –Il les tue pour en vivre.

La vie inferieure doit etre sacrifiee a la vie superieure, et celle-ci a le droit d’etre impitoyable lorsqu’il s’agit pour elle d’assurer sa conservation et les moyens de s’elever encore. Les misericordieux sont les protecteurs de la vie; mais ils doivent la proteger, par pitie supreme, contre les premiers mouvements de leur pitie instinctive, laquelle pourrait donner la victoire aux vrais impitoyables.

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N’en doutez pas, c’est le fond de la pensee de Nietzsche. Il faut croire que Maurin avait compris car il grommela: –Il vaut mieux tuer le diable. . . –Que si le diable vous tue, profera Pastoure le taciturne.

–Le difficile, continua M. Rinal, c’est de distinguer entre les veritables _durs_ capables de sacrifier l’humanite entiere a leurs convenances personnelles, et les autres, ceux qui ne sont inexorables qu’en vue du bien general.

–Theorie dangereuse. –Theorie feconde. Et tenez, dans la vie courante, a toute heure, il faut savoir broyer en soi, douloureusement, toute compassion envers ceux qu’on aime, afin d’assurer leur progres moral et par consequent de les aider a etre heureux un jour. C’est l’idee educatrice par excellence.

Jesus n’eut-il pas ses heures de colere? Nietzsche n’a rien invente!–Au demeurant, poursuivit M. Rinal, les philosophes ne me plaisent guere parce qu’ils ont la pretention, chacun, de trouver la definitive formule de la verite. La verite est eparse et il n’est encore au pouvoir de nulle creature humaine d’en raccorder les fragments dissemines. Le secret, la clef de cet accord ont ete caches des l’origine sous une pierre des fees ou dans un antre de pythonisse. Il y a plus de verite dans l’intuition intermittente des simples en general et des poetes en particulier, que dans les systemes pretentieux d’un philosophe. Les philosophes ne sont que des poetes manques et, ce qui est plus grave, de simples gens de lettres, du moins pour la plupart. –Qu’entendez-vous par la? –J’entends par la des artistes qui se preoccupent surtout de leur gloire. Le desir de se signaler gate leur sincerite. L’univers nous apparait comme contradictoire a lui-meme; notre esprit est encore incapable de concevoir que le conflit des forces opposees, la lutte des antinomies, vie et mort, bien et mal, est la condition meme de l’ordre dans le monde. Or, malgre eux, les philosophes, dont la logique est mise en deroute par l’inexplicable, finissent par se preoccuper avant tout de paraitre originaux. Il faut fonder un systeme qui ne ressemble pas au systeme des aines, sans quoi on n’est que leur ecolier, et il s’agit de se poser en maitre. Nietzsche est un douloureux ce site attendri qui porte sa robe a l’envers.

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