Rinal n’acceptait en aucun cas les inegalites d’appellation

Au moment ou il leur ouvrait la porte de son jardin, un garde en blouse bleue, au kepi de sous-lieutenant, vint appeler M. le maire, qui s’excusa, presenta Maurin a M.

Rinal, expliqua d’un mot le desir du brave chasseur, et se retira. Maurin dut entrer le premier, dans le petit salon ou vivait le solitaire. Une table a jeu, portant des livres epars sur lesquels luisaient la tabatiere et la loupe. Une console et un bureau ministre, couverts egalement de livres et de papiers. Une bibliotheque chargee de petits et gros livres en toutes les langues possibles. Des atlas debout dans des coins. Sur la cheminee, une figure egyptienne creusee d’hieroglyphes parfaitement lisibles pour le maitre du logis. Aux murs un portrait de Victor Hugo, lithographie; une bonne peinture, copie de Teniers, et une vieille gravure allemande, representant la _Mise au tombeau_. . . Les saintes femmes, avec d’infinies precautions, soulevent le corps de Jesus. Les visages contractes sont couverts de larmes qui s’egrenent, grosses, lourdes, comme des perles. .

. Au fond, des collines et le temple de Jerusalem.

–Ah! vous venez pour le petit. . . Et que voulez-vous lui apprendre, au petit? –Je ne sais pas, monsieur Rinal. Je souhaite qu’il apprenne les bonnes choses. M.

Rinal sourit. –Les bonnes choses! dit-il. Il y en a presque autant que de mauvaises. Et il devrait y en avoir davantage, puisqu’on peut enseigner les bonnes et apprendre a detester les mauvaises. . . Quel age a-t-il, ce petit homme? –Onze ans tout a l’heure.

Le vieux praticien se leva, alla a l’enfant. Maurin vit alors que M. Rinal boitait legerement, mais de la boiterie il avait fait une sorte de site de l’entreprise grace. Il boitait avec elegance, presque fierement. C’etait un trait de sa physionomie que cette facon jolie de se relever sur son meilleur pied au moment de l’arret et de poser l’autre par-dessus, la pointe en bas. L’enfant regardait le monsieur. Le vieux medecin lui frappa la joue de ses deux doigts tendus; puis, de ses bonnes mains, lui palpa les epaules, les bras, la poitrine.

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. –C’est bien etabli, dit-il, le reste viendra par surcroit. . . Va jouer au jardin, garcon.

Nous allons causer, ton pere et moi; mais ne touche pas a mes fleurs. Je t’en donnerai, quand tu t’en iras. L’enfant sortit, content. –Eh bien? interrogea M.

Rinal. –Monsieur, dit Maurin, des gens d’ici me le soigneront et je le laisserai a Bormes si vous voulez bien lui donner « un peu de lecons ». . . –Des lecons de quoi? c’est la-dessus qu’il faut s’entendre.

Que voulez-vous faire de lui? –Je ne sais pas, dit Maurin, je veux qu’il ne soit pas comme moi, qui ne sais pas lire ou presque pas, et a peine signer. ca m’embarrasse souvent. Je suis un sauvage. Ce n’est plus le temps d’etre comme moi. –J’entends bien; mais il sait lire, le petit? –Ecrire et compter, oui, monsieur. –Est-ce qu’il faut lui apprendre l’anglais? ou bien l’allemand? –Si vous croyez que c’est bon. –Alors vous n’avez pas d’idee sur ce que vous voulez qu’il fasse? Maurin commencait a tortiller fievreusement son chapeau entre ses doigts.

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