Rien n’aurait ete plus facile au president que d’eviter la bataille; il ne le voulut pas,

Miramon etait entoure de ses plus surs lieutenants: Velez, Cobos, Negrete AyestarAn et MArquez. En apercevant l’ennemi, il monta a cheval, parcourut les rangs de sa petite armee, donna ses instructions d’une voix ferme et breve, essaya de communiquer a tous la vaillante ardeur qui l’enflammait et levant son epee en l’air: –En avant! cria-t-il d’une voix retentissante. La bataille commenca aussitot. L’armee juariste, forcee de se masser sous le feu de l’ennemi, avait un desavantage marque. Les soldats de Miramon, excites par l’exemple de leur jeune chef, il n’avait alors que vingt-six ans, combattaient comme des lions et faisaient des prodiges de valeur.

C’est en vain que les Juaristes essayaient de s’etablir solidement dans les positions qu’ils avaient choisies; ils furent culbutes a plusieurs reprises par les charges vigoureuses de leurs ennemis. Malgre la superiorite de leur nombre, les soldats n’avancaient que pas a pas, incessamment refoules et rompus par l’ennemi. Les lieutenants de Miramon, dans lesquels son ame semblait etre passee, se multipliaient, se mettaient a la tete des troupes, les entrainaient a leur suite et s’enfoncaient avec elles au plus fort de la melee: encore un effort, la bataille etait gagnee et Ortega contraint a la retraite. Miramon accourut: il jugea la position d’un coup d’oeil infaillible. Le moment etait venu de lancer la cavalerie sur le centre des Juaristes, afin de l’enfoncer par une charge decisive.

Le president cria: En avant! La cavalerie hesita. Miramon reitera l’ordre. Les cavaliers partirent; mais, au lieu de charger, la moitie passa a l’ennemi et revient la lance haute sur l’autre moitie fidele encore. Demoralises par cette subite desertion, cinquante cavaliers qui restaient encore tournerent bride et se disperserent dans toutes les directions. L’infanterie, se voyant ainsi lachement abandonnee, ne combattit plus que mollement. Les cris de trahison! Trahison! Sauve qui peut! coururent de rangs en rangs. En vain les officiers essayerent de ramener les soldats a l’ennemi, ils etaient demoralises. Bientot la fuite devint generale. L’armee de Miramon n’existait ce site plus. Ortega etait vainqueur encore une fois, mais grace a une trahison indigne, au moment meme, ou la bataille etait perdue pour lui. Nous avons dit que don Jaime avait pris avec sa cuadrilla position en arriere de la cavalerie de Miramon. Certes, si trois cents hommes avaient pu changer l’issue de la bataille, ces braves cavaliers auraient accompli ce prodige; meme lorsque la deroute etait generale, ils combattaient encore avec un acharnement sans egal contre la cavalerie juariste lancee a la poursuite des fuyards. Don Jaime avait un but en prolongeant ce combat inegal. Temoin de l’indigne trahison qui avait cause la perte de la bataille, il avait vu l’officier qui, le premier, etait passe a l’ennemi avec ses soldats: cet officier etait don Melchior, don Jaime l’avait reconnu et il avait jure de s’emparer de lui. La cuadrilla de l’aventurier n’etait pas composee de cavaliers vulgaires, ils en avaient deja donne la preuve et devaient la donner encore; en quelques mots brefs et rapides, don Jaime fit comprendre son intention.

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