–rien de plus facile, repondit le jeune homme sans s’emouvoir, je suis ne je ne sais

Qui sait? Peut-etre est-ce un bonheur pour moi encore? Ils m’ont, site de l’entreprise par leur abandon, dispense du respect et de la reconnaissance pour les soins qu’ils m’auraient donnes, et m’ont laisse libre d’agir a ma guise, sans avoir a redouter leur controle; je n’ai jamais eu qu’un ami; combien d’hommes peuvent se flatter d’en avoir autant? Le mien est bon, sincere et devoue, toujours je l’ai senti pres de moi, quand j’en ai en besoin pour se rejouir de ma joie, s’attrister de ma douleur, me soutenir et me rattacher par son amitie a la grande famille humaine dont sans lui je serais exile; je ne possede pas un real au soleil, ceci est encore vrai; mais que me fait la richesse? Je suis fort, brave et intelligent; l’homme ne doit-il pas travailler? J’accomplis ma tache comme les autres, peut-etre mieux, car je n’envie personne et je suis heureux de mon sort.

Vous voyez bien, mon cher Adolfo, que la vie est pour moi du moins, ainsi que je le disais tout a l’heure, une belle et bonne chose; je vous defie, vous le sceptique et le desabuse, de me prouver le contraire. –Parfaitement repondu sur ma foi, dit l’aventurier; toutes ces raisons, bien que specieuses et faciles a refuter, n’en paraissent pas moins fort logiques, je ne me donnerai pas la peine de les discuter; seulement je vous ferai observer, mon ami, que, lorsque vous me traitez de sceptique, vous vous trompez: desabuse, peut-etre le suis-je; sceptique, je ne le serai jamais. –Oh, oh! s’ecrierent a la fois les deux jeunes gens; ceci demande une explication, don Adolfo. –Cette explication, je vous la donnerai si vous l’exigez absolument; mais a quoi bon? Tenez, j’ai une proposition a vous faire, proposition qui, je le crois, vous sourira. –Voyons, parlez. –Nous voici presqu’au matin, dans quelques heures a peine il fera jour, nul de nous n’a sommeil, restons la comme nous sommes et continuons a causer. –Certes, je ne demande pas mieux pour ma part, dit le comte. –Et moi de meme, mais de quoi causerons-nous? fit observer Dominique. –Tenez, si vous le voulez je vous conterai une aventure, ou une histoire: donnez-lui le nom que vous voudrez, que j’ai entendu aujourd’hui meme et dont je vous garantis l’exactitude, car celui qui me l’a rapportee, homme que je connais depuis fort longtemps y a joue un role. –Pourquoi ne pas nous conter votre propre histoire, don Adolfo? Elle doit etre remplie de peripeties emouvantes et d’incidents fort curieux, dit le comte avec intention.

–Eh bien, voila ce qui vous trompe, mon cher comte, repondit Olivier avec bonhomie, rien de plus terre a terre et de moins emouvant au contraire que ce qu’il vous plait de nommer mon histoire; c’est a peu pres celle de tous les contrebandiers; car vous savez, n’est-ce pas, dit-il d’un ton de confidence, que je ne suis pas autre chose? Notre existence est a tous la meme: nous rusons pour passer les marchandises qu’on nous confie et la douane ruse pour nous en empecher et les saisir, de la des conflits qui parfois mais rarement, grace a Dieu, deviennent sanglants; voici en substance l’histoire que vous me demandiez, mon cher comte; vous voyez qu’elle n’a rien en soi d’essentiellement interessant.

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