Retirez-vous, puisqu’on vous dit que tout est arrange

M. Larroi vous fait beaucoup d’excuses, vous reprendrez le travail chez lui, des demain.  » « –Permettez! criai-je. « –Laissez-moi faire, dit l’homme, je sais mieux que vous ce qu’il faut leur dire.  » « Mais les premiers rangs de la foule, ayant vu mon mouvement de protestation, crierent a mon defenseur: « –Qui nous garantit que celui que vous defendez ne nous trompe pas? « –Moi! dit l’homme en redingote et en kalitre, moi, je vous dis! » « La foule murmurait, irritee, mais deja indecise. « Alors, l’homme noir, dans un mouvement d’eloquence populaire vraiment magnifique: « –Et d’ailleurs, citoilliens, quelle heure est-il? « –Sept heures manque un quart! cria la foule. « –Eh bien, citoilliens, outre que c’est l’heure d’aller diner, c’est l’heure ou la nuit commence. . .

La nuit, citoilliens! la nuit n’est pas le jour. Ce n’est pas dans la nuit comme des malfaiteurs, c’est dans le jour que vous devez debattre les interets de la liberte!. . . Vous voulez tous la justice, n’est-ce pas? Eh bien, la justice apparaitra avec le soleil. On vous rendra justice demain, au chant du coq, au grand soleil de la Republique! Allez vous coucher.  » « Une acclamation formidable salua ce discours; « –Vive la Republique! » « Et la foule se retira, satisfaite, sans aucun desordre. « Alors, je dis a l’homme noir, jeune et maigre: « –Qui etes-vous donc, mon ami, pour avoir, si jeune, une pareille influence sur tout ce peuple? « –Moi? me repondit-il avec un calme sourire, moi, monsieur Cabissol? je ne connais personne ici, et personne ne me connait. . .

seulement je sais leur parler, voila tout. « –Mais, lui dis-je, vous me connaissez donc? « –Pardi! je vous ai vu passer quelquefois a la chasse, sur mon petit bien, pres de Draguignan. Quand je suis la que je laboure et que vous passez, vous me demandez toujours si c’est dur ou mou, si ca se fait bien.

. . enfin quoi! vous n’etes pas fier. Alors, comprenez, j’ai trouve avec plaisir cette occasion de vous rendre un petit service.

. . Vous ne savez pas mon nom? On me dit Bedarride. « –Ah! lui dis-je, stupefait. . .

merci, je ne vous avais pas reconnu. « –C’est rapport a mon costume que je n’avais pas mis depuis mon mariage avec ma pauvre femme qui est morte, pechere! voila trois semaines! « –Mais, insistai-je, pourquoi vous etes-vous habille en bourgeois, vous, un travailleur de la terre, precisement un jour d’emeute populaire? « –Eh! dit-il gravement, je me suis fait _bo_ pour un peu venir ce site voir la Revolution! » –Voila, dit le prefet, un discoureur interessant et adroit. Mais qu’en pensa votre ami de Lyon? –Il fut desarme; et les grevistes, voyant qu’il comprenait leur caractere, lui batirent sa villa joyeusement. Il espere bien mourir dans ce pays de gaiete. –Et l’homme au discours, vous ne l’avez pas perdu de vue, je suppose? –Certes, non! –Et qu’est-il devenu? –Ce qu’il est devenu? c’est encore toute une histoire. –N’hesitez pas a me la conter.

–Il est devenu marchand de larmes. –Marchand de larmes? vous m’intriguez.

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