Raimbaut etait par hasard venu quelques instants auparavant apporter une lettre a son maitre, sa presence,

Les trois hommes prirent leurs fusils doubles et leurs revolvers, et apres s’etre concertes entre eux en quelques mots, le comte s’approcha de la porte contre laquelle on frappait du dehors a coups redoubles et ordonna au vieux domestique de l’ouvrir. A peine la porte fut-elle entr’ouverte, qu’il y eut une poussee epouvantable, et une dizaine d’individus se precipiterent dans le zaguAn, avec des cris et des hurlements furieux. Mais tout a coup ils s’arreterent.

Devant eux, a dix pas au plus, trois hommes se tenaient immobiles, le fusil a l’epaule, prets a lacher la detente.

Sans armes, pour la plupart, tant ils etaient convaincus de ne pas rencontrer de resistance, et ne possedant que les couteaux passes a leurs ceintures, les bandits demeurerent frappes d’epouvante a la vue des fusils diriges contre eux. La fiere contenance de ces trois hommes leur imposa, ils hesiterent, et finalement s’arreterent en se jetant l’un a l’autre des regards effares. Ce n’etait pas ce qu’on leur avait annonce: cette maison, si calme en apparence, renfermait une garnison formidable. Le comte donna son fusil a tenir au vieux domestique et s’armant d’un revolver a six coups, il s’avanca resolument vers les bandits. Ceux-ci, par un mouvement contraire, commencerent a reculer pas a pas, si bien que bientot ils toucherent la porte, alors se retournant d’un bond, ils s’elancerent au dehors. Le comte ferma tranquillement la porte derriere eux.

Les jeunes gens rirent aux eclats de leur facile victoire, et rejoignirent les dames blotties toutes site de l’entreprise tremblantes, au fond d’un bosquet. Cette lecon avait suffi; depuis, le calme des habitants de la petite maison n’avait plus ete trouble.

Neanmoins, dona Maria, reconnaissante du service que lui avaient rendu les jeunes gens, non seulement ne trouvait plus qu’ils lui faisaient de trop longues visites, mais encore, lorsqu’ils voulaient, par convenance, prendre conge, elle les engageait a demeurer davantage.

Il est vrai que les jeunes filles joignaient leurs prieres aux siennes, de sorte que le comte et son ami, se laissaient facilement convaincre de demeurer, et passaient ainsi la plus grande partie de leurs journees aupres d’elles.

C’etait le lendemain meme de la nuit passee par don Adolfo chez ses amis a souper si copieusement; midi avait depuis longtemps deja sonne a toutes les eglises de la ville, et les jeunes gens, qui d’ordinaire se presentaient vers onze heures du matin chez dona Maria, n’avaient point encore paru. Les deux jeunes filles reunies dans la salle a manger, feignaient de ranger et d’epousseter les meubles pour ne pas aller rejoindre dona Maria, qui depuis longtemps deja les attendait au jardin.

Bien qu’elles ne se parlassent pas, les jeunes filles tout en rangeant ou plutot derangeant les meubles, avaient sans cesse les yeux fixes sur la pendule. –Comprenez-vous, Carmencita, dit enfin dona Dolores en faisant une moue charmante, que mon cousin ne soit pas encore venu.

–C’est inconcevable, querida, repondit aussitot dona Carmen, je vous avoue que je suis fort inquiete, la ville est, dit-on, bouleversee en ce moment; pourvu qu’il ne soit rien arrive de facheux a ces pauvres jeunes gens.

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